Bernay, située en Normandie est une petite ville de près de 5 000 habitants, aux ruelles tortueuses, aux rues bordées de porches pittoresques, enclose dans un joli cadre de verdure, entourée de remparts avec cinq portes d’accès.

En 1649, en cette période de la Fronde (1648-1652), la peste sévit à Bernay, ses ravages furent terribles. En 1650 ce fléau fit 1200 morts. Des hommes accompagnent les défunts et leurs familles ; ils forment la Confrérie des Charitons.

Un Père Lazariste, Monsieur Jacques Le Soudier, originaire de Vire, établit une Confrérie de la Charité sur la Paroisse Sainte Croix. La Présidente de la Confrérie, la Duchesse de Ventadour, était une grande amie de Louise de Marillac. La seconde Paroisse est celle de Notre Dame de la Couture située dans le quartier du Grand Bourg.

Dans ces douloureuses circonstances, le clergé de Bernay s’adressa à Dreux Hennequin, Conseiller au parlement de Paris et Abbé de l’Abbaye Royale « Notre Dame de Bernay », qui fit appel à Saint Vincent de Paul alors à la cour de Louis XIV et d’Anne d’Autriche. La famille « Hennequin » avait aussi des liens familiaux avec les « Marillac ». Cette demande fut appuyée par les Dames de la Charité et de Monsieur le Comte de Bernay.

1654 – Saint Vincent répondit avec empressement et la tradition locale (sans preuves) rapporte qu’il conduisit lui-même deux Filles de la Charité pour le service des malades et l’école des petites filles pauvres. Elles seraient arrivées entre le 15 août et le 9 septembre.

La fondation de cette maison a une histoire très riche puisque les premières Sœurs sont Barbe Angiboust (49 ans) et Laurence Dubois (31 ans). Celles-ci se présentent « en servantes » comme auxiliaires des Dames de la Charité.

Les maisons à cette époque commençaient généralement avec deux Sœurs. Elles habitaient dans un logement du Grand Bourg dit Veuclin. Très vite, les Sœurs fondèrent une école primaire et une salle d’asile (école maternelle).

NB : de 1654 à 1660, Louise de Marillac écrit quarante-quatre lettres aux Sœurs de Bernay, lettres qui nous font découvrir la vie de ces pionnières et la profondeur de vie spirituelle de Sœur Barbe (cf Ecrits spirituels).

1657 – Sœur Barbe part à Châteaudun. Sœur Anne Levies (entrée dans la Compagnie en 1655) arrive à Bernay et y restera jusqu’à sa mort en 1660.

1681 – Grâce au don d’un bourgeois de Bernay, Robert Langlois, les Sœurs s’installent dans un nouveau logis dit « Les deux maisons » ce qui leur permet d’accueillir une troisième Sœur, Claude Laisné. Les Sœurs quittent le Grand Bourg pour rejoindre un logement dans le passage de la rue aux Juifs, qui deviendra la rue Saint Vincent de Paul.

1790 – Le Décret du 13 février supprime les Ordres religieux, les Filles de la Charité doivent donc se disperser, regrettées de tout le monde.

Au XIXème siècle, Bernay a deux groupes de Filles de la Charité au service des habitants, avec deux missions :

  • l’une en ville, en service direct avec la population, suite de la mission fondée en 1654 et jusqu’en 1945
  • l’autre à l’hôpital, à la suite des sœurs hospitalières de Madame de Ticheville, installées en mars 1830, qui s’achèvera en 1985.

 

LA COMMUNAUTE EN VILLE

Après la Révolution, en 1796, le Directoire créa les Bureaux de Bienfaisance. La Ville de Bernay fit appel aux Filles de la Charité pour les faire fonctionner.

1801 – Grâce au Concordat qui régularise les relations entre l’Eglise Catholique et la France, les Sœurs se réinstallent dans leur maison, située dans l’actuelle « rue Saint Vincent de Paul ».

1844 –  la Municipalité de l’époque décide d’acheter le logement du Couvent des Ursulines de la Porte de Rouen, rue de la Concorde, sur les bords de la Charentonne. Les Ursulines étaient arrivées en 1836 et leur maison était à vendre. La Municipalité y transfère les Sœurs de Saint Vincent de Paul afin qu’elles puissent poursuivre leurs missions : soins et école ; et un orphelinat fondé par Sœur Noémie Gabrielle de Puybusque (arrivée à Bernay en 1842).

1874 – le 17 octobre, Bernay accueille le Président de la République, Mac Mahon. Le 18 octobre, le Colonel Goujon fait l’éloge funèbre de Sœur Vincent Gatinaut, une Fille de la Charité qui a été 27 ans au service des Bernayens affligés et malades, notamment durant l’épisode de la guerre de 1870-1871.

1890La Maison de la Miséricorde est alors composée de huit Sœurs, veillant sur 30 orphelines, instruisant 150 élèves dans leur école.

1891 – le 19 juillet, Fête de Saint Vincent de Paul, est inauguré le vitrail qui orne l’Eglise Sainte Croix. On y voit Saint Vincent qui préside aux œuvres de ses « Filles » ; et, au milieu des enfants, Sœur de Puybusque, fondatrice de l’orphelinat de Bernay, décédée le 24 août 1890 à l’âge de 84 ans.

7 Bernay Eglise Ste Croix vitrail

1896 – C’est la laïcisation de l’Ecole de la rue de la Concorde. Les Sœurs s’installent rue de la Charentonne où elles poursuivent l’activité de l’orphelinat. Un ouvroir est créé ; les jeunes filles travaillent pour les rubaneries Masselin.

1897 – Les Sœurs entreprennent la construction de la Maison de « L’Immaculée Conception ».

1905 – Avec la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, les Sœurs doivent abandonner l’enseignement mais elles gardent l’orphelinat. Elles ouvrent un nouvel Etablissement scolaire, nommé « Jeanne d’Arc », en 1920.

1944 – Dans la soirée du mercredi 26 juin un bombardement rue de la Charentonne détruit la nef de la chapelle sans faire de victime. Les Sœurs vont passer la nuit à l’hôpital.

L’orphelinat a besoin d’être reconstruit ; les ressources modiques ne permettent pas de le faire vivre.

Monsieur l’Abbé Pichot obtient de faire un “sermon de charité” pour les orphelines. 

15 Bernay orphelinat 1928

                     

                     L’Orphelinat – 1928
            rue de la Charentonne à Bernay

 

 

1945 – L’établissement des Filles de la Charité comporte : un foyer de jeunes filles « Bonne Garde », un organisme chargé de la distribution de lait aux nourrissons « Goutte de lait », une colonie de vacances, les catéchismes paroissiaux et l’orphelinat.

La Supérieure générale, Sœur DECQ, annonce au Maire que, par manque de vocations, les Sœurs présentes à l’orphelinat doivent quitter Bernay. En novembre, les orphelines quittent Bernay et sont dirigées sur Thibouville et Evreux, marquant la fin de la présence des Sœurs de Saint Vincent de Paul dans ce lieu. La Communauté est fermée mais il reste la Communauté de l’Hôpital.

 

LA COMMUNAUTE DE L’HOPITAL

1830 – les Filles de la Charité se voient confier l’Hôpital ; elles prennent la relève d’une Communauté locale dite « Notre Dame de Pitié . Elles eurent une grande activité avec les nombreux enfants trouvés ou abandonnés.

En 1876, onze Sœurs travaillent à l’Hôpital, puis quatorze en 1913 ; dix-sept en 1928 ; vingt-deux en 1929. Une salle prend le nom de « Saint Vincent ». D’autres Sœurs succéderont, travaillant à l’intérieur de l’Hôpital jusqu’en 1971.

1913 – Sœur Jeanne Bailly est assignée au service des malades de la variole. Le Docteur Gombert, franc-maçon, lui intime l’ordre de recevoir la décoration de « Chevalier de la Santé Publique » !

1924 – Le personnel soignant doit être titulaire d’un diplôme d’Etat. Sept Filles de la Charité obtiennent le Brevet d’Infirmières. Elles seront dix-sept en 1928.

1940 – le 15 juin, les allemands entrent dans Bernay et le 17 juin ils réquisitionnent l’hôpital. Durant la Guerre, les sœurs connaissent les heures douloureuses des bombardements. La chapelle est dépouillée de ses vitraux. Une malade, victime d’un terrible accident d’automobile, promet leur remise en place pour obtenir sa guérison.  Elle guérit et la Chapelle retrouve sa parure. L’Hôpital est occupé par les allemands ; des prêtres allemands viennent en cachette célébrer la messe. Des blessés occupent la sacristie et viennent communier en pyjama !

Le 7 août, douze sœurs sont évacuées vers la Rochelle ; plus de médecin ni de responsable, sauf trois infirmiers, l’économe et les huit Sœurs qui sont restées.

1942 – Les sœurs ne sont plus que huit à travailler à l’Hôpital.

1960 – Lors du troisième centenaire de la mort de Saint Vincent, une cérémonie est organisée en présence du Maire de Bernay et du Président de la Commission administrative de l’Hôpital. Lors d’une messe célébrée dans la chapelle, sous la présidence de l’Evêque d’Evreux, Dom Paul Grammont, Abbé du Bec-Hellouin, évoque l’arrivée des Filles de la Charité à l’Hôpital en 1830.

1961 : les Sœurs participent aux débuts de la création de l’Ecole d’Aides-Soignantes.

1971 – le 27 Septembre, extériorisation des Sœurs de l’hôpital. Elles occupent une maison de louage, au centre de la Ville au 5 rue Anne de Ticheville. Quatre Sœurs infirmières sont salariées avec le statut du Personnel ; trois d’entre elles sont au service des vieillards. Elles déménageront ensuite au 20 rue Alexandre, puis 49 rue Thiers.

1985 – Ce fut la fermeture de la Communauté des Filles de la Charité de l’Hôpital !

 

Sœur Annie GESRET, Archiviste Provinciale
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