Un peu de rêve, d’imagination  et de tendresse pour éveiller ou réveiller les  cœurs d’enfant qui n’ont pas d’âge, quand ils se laissent émerveiller …

Régulièrement, une de mes compagnes me conduit à l’EPAHAD de Moutiers Saint Jean à 2km5 de Fain les Moutiers où je retrouve mes amis, hommes et femmes, du « Cantou »,( unité protégée Alzheimer)

Je rejoins un premier petit groupe de huit à dix personnes, perdues dans l’inconscience du temps présent, par la maladie d’Alzheimer…Elles sont confortablement installées en demi- cercle dans leur fauteuil…avec la présence d’un membre du personnel soignant, qui reste toute la durée du conte, heureuse de se laisser charmer tout en restant très attentive à mes auditeurs…

Alors, mon cœur se colore de toutes les couleurs des saisons et de l’arc en ciel, que je cueille au royaume de l’imaginaire…

Pour éveiller les regards fixes, vides de toute expression, apaiser l’agitation de l’un ou l’autre, et capter un peu d’attention, je vais dénicher dans ma mémoire, une chanson de notre jeunesse, (nous avons à peu près le même âge), et la magie des mélodies et des mots d’autrefois éveille un peu de vie…Doucement, les têtes marquent le rythme et quelques paroles se mêlent  à ma chanson…

Alors, je raconte…Ensemble, nous vagabondons dans les aventures irréelles où se mêlent le courage et la peur, le rire et les pleurs, la douceur et la tendresse …Lentement, les corps se redressent légèrement et les esprits éparpillés ou murés dans le vide ou l’angoisse, s’apaisent… les regards prennent vie…

Ces instants de rêve se terminent dans la chanson avec des applaudissements spontanés et quelques dialogues souriants.

 

Avec la promesse de revenir bientôt, je change d’unité pour rejoindre  l’  « UVP », (unité de vie protégée) pour une deuxième édition…

En rentrant à la Maison Sainte Catherine, mon cœur chante

« Merci Seigneur pour ces petits moments de bonheur que tu me donnes, ici, avec ceux qui sont tes préférés »

Oui, ma mission de conteuse est bien jolie !…Je n’avais pas imaginé que mon habitude de conter des histoires, m’aurait conduite un jour à de si beaux moments près des personnes les plus démunies de la vie ?

Et si le cœur vous en dit…laissez-vous  entrer dans le rêve de ce dans ce petit conte de Noël inédit, que je viens de leur conter. 

 

*

 

 

Un peu de paille s’il vous plait

 

Depuis quelques jours, la petite ville de Bethléem est remplie de monde…On n’en n’avait jamais tant vu. Ils sont venus de partout se faire inscrire, c’est un recensement, puisque l’empereur veut savoir combien il y a d’habitants dans son  pays. .Ce soir, il n’y a plus aucune place nulle part et la dernière auberge ferme sa porte

Allez, on ferme la maison dit l’aubergiste en mettant une pancarte marquée « complet » en très gros …Que plus personne ne nous dérange. On est vraiment trop  fatigués avec tous ces clients qui sont venus !!…

Mais juste à ce moment-là,  deux voyageurs arrivent épuisés, par un très long voyage. La jeune femme attend un  enfant, qui va bientôt naître….

-Monsieur, monsieur, dit l’homme, n’auriez-vous pas encore une petite place ?

-Non, trop tard, vous arrivez trop tard !

– S’il vous plait, monsieur, ma femme est sur le point d’accoucher, ne nous laissez pas à la rue

-Quoi ?-Manquait plus que ça !..Ah non!..il n’y a plus aucune place chez moi, et n’y en a plus nulle part…fallait arriver  plus tôt …

L’aubergiste est ennuyé, c’est un brave homme       il et se gratte la tête ;

-Elle paraît bien fatiguée votre petite dame, comment s’appelle-telle ?

-Marie, et moi je suis Joseph, nous arrivons de Nazareth.

-C’est tout de même bien embêtant qu’un bébé se mette à naître ici maintenant !…

Il ouvre grand sa porte…

-Toutes les chambres sont plus que pleines, et regardez là…, ils sont tous allongés

par terre, presque les uns sur les autres…on n’a jamais eu autant de monde !…

Il tourne et retourne sur lui-même…

et de plus, il vous faut un endroit tranquille pour une naissance!…Mais où vous mettre ?…

je n’ai vraiment aucun endroit …

  • ……

Ah !….Mais si…Attendez, j’ai peut-être une idée….Si vous n’êtes pas trop difficiles,

il y a l’étable. Ce n’est  pas très confortable, mais vous ne serez pas dehors…

Ah j’oubliais, elle est vide, il n’y  a pas même un brin de paille depuis qu’on a vendu l’âne

bon euh ! Oui, il nous faut au moins un peu de paille…attendez, j’appelle mon fils,

 

-Nicolas !, -Nicolas !, il nous faut de la paille, essaie d’en trouver chez les voisins

-Où  faut-il que j’aille papa ?……

-débrouille-toi et fais vite, ces gens n’en peuvent plus !…

 

Nicolas  se demande où aller…Il regarde la rue d’un côté et de l’autre…et soudain, il pense au voisin qui  a rentré une charrette de paille toute fraîche,  il y a quelques jours..

-Bonsoir, voisin, auriez- vous un peu de paille s’il vous plait

-Ah non, et d’abord que veux-tu en faire de cette paille ? 

-La mettre dans l’étable de l’âne

– vous avez racheté un nouvel âne ?

– Non, c’est pour des clients qui viennent d’arriver…

-Ils n’avaient qu’à venir plus tôt !…Non, je ne donne plus rien, la journée est finie  si je me laisse faire, après la paille, ce sera le repas, le lit et la maison…Non  je n’ai plus rien à donner à personne

– C’est pour un petit enfant qui va naître…

– et bien tant pis, va voir ailleurs…

Nicolas ne sait que faire …Il tourne et retourne sur lui-même… lorsqu’il aperçoit  la vieille Mélanie sur le seuil de sa cabane. Elle secoue la paillasse qui lui sert de matelas

  • Bonsoir Madame Mélanie, je cherche un peu de paille pour un bébé qui va bientôt naître..
  • Que dis-tu ?…un bébé qui va bientôt naître…où tu l’a trouvé ce bébé qui va naître ,

-Ce sont des clients qui viennent d’arriver pour le recensement, on a que l’étable pour les loger, mais elle est vide, pas même un peu de paille!

  • Bon, bon…ben…de la paille, où en trouver…je n’en n’ai pas un seul brin !..

Ah,  mais si ! j’ai celle-ci, c’est la paillasse mon lit, elle est bien écrasée, il y a si longtemps  je dors dessus… je peux bien la partager avec un petit enfant qui va naître…Pendant que je découds la toile de ma paillasse, va voir le père Biscou.  Il se sert de paille pour faire sécher ses fromages…Peut-être en at il encore… s’il t’en donne un peu, on en aura peut-être assez à nous deux…C’est si petit un enfant qui vient au monde !

Allez, va vite chez le père Biscou,…pendant ce temps, moi, je porterai ma paille pour  voir si ce bout de choux  n’a pas besoin d’autre chose…

Nicolas court vite un peu plus loin…Le père Biscou  vient juste de ranger ses fromages sur  sa dernière paille

Bonsoir Monsieur  Biscou, auriez-vous un peu de paille s’il vous plait, c’est pour un enfant qui  va bientôt naître….Nous n’avons plus de place à l’auberge, on va les mettre dans l’étable de l’âne mais nous avons besoin d’un peu de paille

-Pas de chance Nicolas, je viens de la prendre pour mes fromages….je n’en n’ai  plus du tout !….

 Mais il réfléchit, et se dit que  pour un petit enfant qui n’a rien…il pourrait bien faire quelque chose … .Alors, il recommence son travail en resserrant ses fromages sur l’étagère et libère ainsi deux grosses bonnes poignées de paille….

-Tiens, en voilà un peu. Mais je viens avec toi petit, voir si je ne pourrais pas donner un coup de main pour dépanner ces braves gens.

 

Lorsqu’il  arrive à l’étable, la Mélanie a déjà mis sa brassée de paille dans la mangeoire  Le père Biscou y ajoute la sienne.

En secret, chacun se dit qu’:il est bien pauvre ce petit berceau avec si peu de paille! Mais c’est mieux que rien…

Oh oui, c’est beaucoup mieux que rien, car lorsque lorsqu’un peu plus tard,  Marie, la jeune maman y dépose doucement son petit enfant qui vient de naître, ils écarquillent les yeux…on dirait que le petit tas de paille se gonfle comme la pâte à pain sous l’effet du levain…Tenez regardez, toute l’étable est remplie de belle paille toute fraîche…Dans leur surprise, la Mélanie le père Biscou et Nicolas restent la bouche ouverte sans comprendre…et voici que maintenant, sous le petit corps du bébé, la paille qu’ils ont apportée se met à briller, briller, comme de l’or, du bel or, tout vrai ! Ils sont éblouis  et si heureux…

 

Oui, dit Marie, avec son plus joli sourire, cette paille, que vous avez apportée pour mon fils  est le plus beau de tous les cadeaux car c’est celui de votre cœur. Et pour mon petit enfant Jésus, votre paille est plus précieuse que tout l’or du monde.

Ce bébé, qui dort là, sur votre paille, est le plus grand et le plus beau cadeau du ciel, que Dieu offre à tous les gens du monde: Mon petit enfant Jésus est un merveilleux cadeau d’amour et de vie ; un cadeau d’espoir et de paix pour toute l’humanité   C’est Noël !

 

Cela valait bien un peu de paille …

 

 

Noël, Noël, Noël, Noël,

Noël, Noël, Noël, Noël,

Noël, Noël, Noël, Noël,

 

Sa maman l’appelait Jésus

Maintenant c’est un prénom connu

Qui résonne à travers le ciel

Chaque fois que revient Noël

 

Sr Catherine Ethievant
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