Sr Marie-Yonide MIDY, FDLC, nous partage sa mission à l’aumônerie des prisons avec ce témoignage d’une personne détenue :

“Entre ces murs imprégnés de souffrance, beaucoup se sont tournés vers Dieu. Certains par conscience de la gravité des actes qu’ils avaient commis afin d’y trouver un réconfort, mais beaucoup, à mon sens, par facilité, car le pardon divin ne souffre d’aucune exception et plus encore, il ne demande aucun effort pour être obtenu, si ce n’est des prières qui certes, par la profondeur et la résonnance de leurs mots, sont belles, mais ne changent en rien le cœur des hommes lorsque la conscience, de nos actes passés et à venir, est anesthésiée par ce sentiment que beaucoup (par facilité) trouvent dans la bienveillance de Dieu, et dans le fait qu’à terme Il aura toujours pitié de nous.

Je crois que le Pardon de Dieu est acquis à tout homme, mais je pense fermement qu’il ne doit pas être un masque que l’on peut porter pour agir en toute impunité et être pardonné à chaque fois que le besoin s’en fera ressentir. En cela je veux dire que prendre conscience de ce que nous avons fait est un pas essentiel pour trouver la paix intérieure. Prendre conscience de ce que nous allons faire dans le futur l’est encore plus, et donnera le véritable sens au Pardon Divin.

La demande de Pardon à Dieu, doit être un acte de foi, accompagné de révérence et de respect qui doit, et j’en suis persuadé, tenir compte de la prise de conscience de ce que nous avons fait, et plus encore de ce que nous allons faire, afin de ne pas reproduire, car cela enlèvera toute valeur à cette demande, les mêmes erreurs ou d’autres encore toutes aussi similaires.

Je m’en explique, Dieu (cette réflexion n’engage que moi) ne doit pas être un rempart qui nous protégerait inexorablement des conséquences de ce que nous avons ou que nous pourrions commettre de mal (ayant chacun conscience de ce qui est mal). Dieu doit être le moteur d’une réflexion qui doit nous pousser à devenir meilleur et nous rapprocher ainsi du chemin qui conduit à Lui.

J’ai pendant longtemps, tout au fond de ma cellule, eu peur de demander à Dieu d’avoir pitié de moi ou de me pardonner, et j’ai pris grand soin de tourner toutes mes prières vers ma famille, vers les égarés, les délaissés de ce monde, et toute l’humanité qui me semblait être en souffrance, et j’ai durant de nombreux mois éludé la question de mon propre pardon, m’étant rendu compte à quel point il était facile de se reposer sur le Pardon Divin.

Aujourd’hui je pense que le véritable sens du mot pardon doit se trouver dans une “démarche personnelle” et non dans le fait d’un “acquis spirituel” ou tout du moins ce dernier n’a aucune valeur s’il n’est pas accompagné par le premier (démarche personnelle), car encore une fois, j’ai la ferme conviction que le Pardon Divin nous est acquis, amis “le pardon” que nous allons nous accorder à nous-même (“Aide-toi et le Ciel t’aidera”), ce pardon véritable, reflet de notre conscience éveillée, celui-là est pour moi le seul qui puisse nous rendre digne de demander à Dieu d’avoir pitié de Nous, ayant nous-même trouvé le chemin qui nous conduit vers ce pardon dans notre cœur.”