1- Admirons La ronde des élus.

Sous les rayons dorés jaillissant de la porte du royaume de Dieu, des anges dansent de joie, entraînant avec eux les nouveaux élus. Ils se tiennent devant le Seigneur, tout près de la Source de la lumière et de la Vie. La sainteté ne consiste-t-elle pas à s’approcher du Christ Jésus ou à se laisser approcher par Lui ? …

Regardons-les, ces saints, lumineux, joyeux, vivants. Et laissons-nous entraîner dans leur ronde fraternelle. Nous sommes tous appelés à partager l’amour et la paix de Dieu.

Fra Angelico, 1387-1455, La ronde des élus, détail du jugement dernier, 1431-1435 ; couvent San Marco, Florence

 

2- Rendons grâce à Dieu pour le rayonnement d’un jeune garçon au cœur de la souffrance

Une Sœur de notre communauté, infirmière à domicile, a soigné et accompagné pendant deux ans, un jeune garçon de 14 ans, J. Sa famille vivait dans un quartier HLM. Gens du voyage sédentarisés, le père ferrailleur se déplaçait beaucoup avec une vieille camionnette pour ramasser toutes sortes d’objets qu’il revendait. La mère, bien insérée dans le quartier, était au service d’une famille nombreuse.

J. serait certainement passé inaperçu si une terrible maladie ne l’avait frappé. Un cancer de la jambe fut dépisté et opéré en 1986. A la Sœur infirmière, il partageait ainsi son expérience de la maladie : « C’est là, au milieu des enfants abîmés par le cancer que j’ai rencontré Jésus. J’admire la foi de ces petits. Ils savent souffrir et mourir simplement. Ils sont vrais et confiants jusqu’au bout. »

J. est avide de connaitre Jésus. Il se joint au Groupe d’Évangile du quartier. Il rayonne et il me dit souvent : « Vous qui soignez les malades, dites-leur que toute souffrance a un sens ; qu’elle est utile à d’autres, qu’ils ne se découragent pas ! »

En 1987, le cancer ayant progressé, J. est amputé de sa jambe à mi-cuisse, au désespoir de ses parents. Il revient chez lui encore plus rayonnant de joie intérieure.

Début 1988, les examens dévoilent l’envahissement de tout son corps par les métastases. Il demande au professeur de lui dire la vérité affirmant qu’il n’a pas peur de mourir puisqu’il est chrétien.

Désormais, il se sait condamné. Au groupe d’Évangile du quartier, auquel il est fidèle, il confie : « Je ne remercierai jamais assez le Seigneur d’avoir permis cette maladie. Sans elle, je ne l’aurais jamais rencontré, connu, aimé. Je serais certainement devenu un voyou et j’aurais probablement été en prison ».

Un autre jour, il affirme tout joyeux : «  Je veux offrir avec Jésus, ma vie et mes souffrances, ma mort et tout ce qui précèdera pour tous les hommes, tous les pécheurs, pour sauver des âmes. C’est la mission que Jésus me confie. Je n’ai pas peur – il le dira jusqu’à sa mort –  Je suis pressé de vivre avec Jésus, auprès de Lui. »

Un jour, alors qu’il était sous morphine, nous parlions de la souffrance, il dit : « lorsque je vois quelqu’un souffrir, à la fois, cela me peine et, à la fois, je l’admire parce que Jésus l’a jugé digne de porter une partie de sa Croix. »

A la question : « Comment penses-tu que la rencontre avec ton Seigneur se fera ? », il répond, sans hésiter, d’une voix ferme et résolue : « Lorsque je paraîtrai devant Lui, je serai tellement émerveillé par Son Amour et si confus de mes péchés que je tomberai à genoux sans le quitter des yeux. Alors, Il viendra, me relèvera, me serrera sur Son Cœur et nous serons heureux, Lui avec moi et moi avec Lui. »

C’est au sein du Groupe d’Évangile qu’il demande à recevoir le Sacrement des malades : « Je sais que le Sacrement des malades m’aidera à mieux supporter ma maladie et me donnera une force nouvelle. Ce que je crains le plus, c’est de faire un péché après, en n’étant pas assez fort et courageux, en ne luttant pas assez contre la maladie, parce qu’être triste est un péché. Un chrétien ne devrait jamais être triste. »

Juillet-août 1988, la maladie a encore gagné du terrain. Je lui apporte très souvent une parcelle d’Hostie consacrée. Un jour, il s’écrie avant de communier : « Chaque fois que je prends le Corps du Seigneur, j’ai un sentiment profond, intense, très fort d’être pécheur… mais, après, je suis heureux, si heureux ! »

Toujours aussi rayonnant, il dit : « Jésus, je le sais et je le sens, est toujours près de moi, avec moi. Peu importe ce que je fais ou si je rencontre un copain, Jésus est là. Il ne me quitte pas et je ne le quitte pas ».

J. ne peut plus s’alimenter. Nous le perfusons pour calmer la soif qui le tenaille. Il reçoit également toutes les six heures une injection de morphine. Mais il ne se plaint pas : « Lorsque vous venez et que nous prions ensemble, je vais bien, je suis heureux. J’ai la chance d’avoir été quatre fois à Lourdes cette année. Je n’y vais pas pour être guéri, mais pour avoir la force de supporter, avec Marie, ce que le Seigneur attend de moi. Les plus grands miracles qui ont lieu à Lourdes ne se voient pas, ne s’expliquent pas. Ils se passent au fond de l’âme. »

Un jour, je le surprends en train de pleurer. « Comme je voudrais déjà être au ciel ! Si je pleure, c’est que j’en ai marre d’attendre. Je voudrais partir près de Jésus. »

15 août 1988. « Lorsque je ne peux plus prier, je fais plusieurs fois le Signe de la Croix et je suis en paix, heureux ! »

16 août 1988. « Il m’arrive, maintenant, de ne plus pouvoir penser ; alors, je « La » regarde et tout est de nouveau clair. » « Elle », c’est une statuette de Notre Dame de Lourdes près de laquelle brûle, nuit et jour, une veilleuse.

Depuis des mois, J. aime que je lui chante : « N’aie pas peur, laisse-toi regarder par le Christ, car Il t’aime ».

17 août 1988. Avant la communion, à la lecture du psaume 22, ; « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ; ton bâton me guide et me rassure », il me prend le bras avec vigueur et me regarde avec intensité. Le psaume vient confirmer ce qu’il vit au plus profond de lui-même. Un peu plus tard, il me dit : « Comme je voudrais être déjà au ciel avec Jésus, Marie et tous les autres ». J… a sans cesse le souci des autres et me fait prier à certaines intentions précises. Combien de fois, aussi, s’excuse-t-il de me déranger ou de me faire perdre mon temps.

Le 25 août, J. est hospitalisé. C’est le temps de ma retraite annuelle. Je téléphone à sa maman afin de savoir si je dois venir. Mais ce n’est pas encore le moment. Apprenant par sa maman que j’avais eu des velléités de venir le voir pendant la retraite, il lui dit : « elle fait mieux de bien faire sa retraite ». Cette dernière devait se terminer le 30, au soir.

Le 30 août au matin, sa maman me téléphone : « Si vous voulez le voir vivant, venez ! ». À 10h 30, je suis à l’hôpital distant de 80 km. À 12h. 30, J. s’endort dans la Paix de son Seigneur qu’il a tant aimé.

Le 1er septembre, le père et la mère de J. viennent à la communauté. J. avait reçu, récemment, une statue de Notre-Dame de Fatima très belle. Il avait dit : « Je désire, qu’après ma mort, cette statue soit donnée aux Sœurs de Saint Vincent de Paul. Elle y sera bien priée ! ». Et, c’est bien émus que les parents de J. font cette démarche.

Chaque membre du groupe d’Évangile se souviendra toujours de la lumière intérieure qui habitait J. lorsqu’il parlait de Jésus ou de Marie ou lorsque quelqu’un en parlait. Il priait Marie sans cesse et affectionnait la prière du chapelet.

 

La communauté des FDLC de Lille Sainte Claire
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