« La Méditerranée, qui a uni pendant des millénaires des peuples différents et des terres éloignées, est en train de devenir un cimetière froid sans pierres tombales. Ce grand plan d’eau, berceau de tant de civilisations, est désormais comme un miroir de la mort. Ne permettons pas que la mare nostrum se transforme en une désolante mare mortuum, que ce lieu de rencontre ne devienne pas le théâtre de conflits ! Ne laissons pas cette “mer des souvenirs” devenir la “mer de l’oubli”. Frères et sœurs, je vous en prie, arrêtons ce naufrage de civilisation ! »

– Pape François, le 5 décembre 2021 à Lesbos –

 

Ces mots du Pape François résonnent d’une manière particulière pour nous. Entre le 21 et le 24 décembre 2021, 31 personnes ont perdu la vie en mer Egée dans 3 naufrages distincts.

Le premier naufrage a eu lieu au large de l’île de Folégandros le 21 décembre. Treize personnes ont été secourues et les corps de trois hommes ont été récupérés. Un survivant a déclaré aux garde-côtes helléniques que jusqu’à 50 personnes auraient pu se trouver à bord du bateau qui les transportait sans aucun équipement de sécurité.

 

 

Le deuxième naufrage, au nord de l’île d’Antikythera, a entraîné la mort de 11 personnes, tandis que 88 personnes ont été secourues.

En outre, la veille de Noël, un bateau transportant au moins 80 personnes a chaviré au large de l’île de Paros, causant la mort de 17 personnes, dont un bébé. Soixante-trois survivants ont été secourus et conduits sur l’île de Paros, où une fois encore l’hospitalité grecque a été grande. Les habitants de l’île se sont immédiatement portés à leur secours en leur fournissant des couvertures, de la nourriture et des vêtements.

Partis des côtes occidentales turques, les navires avaient pour destination l’Italie. L’accès par la mer aux îles grecques comme Samos ou Lesbos est devenu difficile par le renforcement du contrôle, ce qui a entrainé ces derniers temps un changement de « route » pour les passeurs.

Nous ne pouvons que déplorer ces tragédies et le fait que des personnes par désespoir, par manque de sécurité dans leur pays d’origine décident de confier leur vie et celle de leur enfant à des passeurs.

Il nous est impossible de nous habituer à voir ces images de corps repêchés dans cette mer Egée qui borde notre île de Syros.

Nous nous sentons démunis devant tant de détresse, mais cependant lorsque nous voyons celles et ceux que nous essayons d’accompagner dans leur processus d’intégration gagner en autonomie, commencer à parler quelques mots de grec, ou lorsque nous avons de bons échos de leurs collègues de travail ou de leur patron, nous nous disons que les petites gouttes d’eau font les grands océans et qu’il est important de continuer à aider celles et ceux que nous pouvons.

Tout ceci n’étant possible que grâce à l’immense générosité de nos bienfaiteurs que nous remercions.

Et comme a martelé le Saint Père lors de sa visite en Grèce : « Face à cette crise humanitaire qui nous concerne tous, personne ne doit se complaire dans sa peur et détourner le regard ».

 

La communauté des Filles de la Charité de Grèce
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