Mission en Résidence Autonomie ou être et vivre, avec 85 résidants (dans une quinzaine de petites maisons) et une trentaine d’employés… c’est ce que je vis depuis environ 2 ans !

Être là, ensemble, tout simplement, et me laisser « apprivoiser » par les petites choses de la vie ! Lors des repas d’anniversaires, une fois par mois (en dehors des confinements), oser prendre ma part, lorsque les jeunes employées essaient de nous entraîner parfois dans une chenille « endiablée » ! Cela met de l’ambiance !

 

 

Et puis, six mois après mon arrivée, le mercredi 11 mars 2020, j’ai découvert ce qu’était, « vivre solidaire » ICI !  Au repas de midi, la directrice nous annonce « Vous êtes confinés, à partir de 14h ! ». Plus de sorties, plus de repas ensemble ! J’avoue que j’ai fait rapidement le tour du parc et dans ma tête, en me demandant : comment j’allais « faire » pour pouvoir continuer à ‘faire le caté’ dans les deux paroisses où je suis engagée !

C’est décidé ! Puisque les autres ne peuvent pas « sortir », je dois être solidaire et me laisser, moi aussi, « enfermer » ! J’ai rayé mes engagements extérieurs ; j’ai découvert la messe du pape sur KTO tous les jours (une merveille de simplicité !), J’ai vécu au rythme des « confinés ! A ce moment-là, nous sommes sortis davantage dans le parc et avons fait des rencontres…

Un petit groupe de 3 personnes discute Je m’approche Une petite dame, que je ne connais pas, me demande comment je m’appelle. Dès que je lui dis mon nom, elle se tourne vers Johny et lui dit « ah ! c’est la religieuse ! » Je suis un peu surprise d’être si connue !!! Elle me dit : « Moi, je suis protestante, mais j’aime beaucoup aller à la messe et j’aime lire les homélies du père Romain, qui vient dire la messe à la Résidence. Il faut venir me voir pour qu’on parle. C’est trop grand ici, on ne se connait pas tous, c’est dommage ! »

Un jour, devant chez moi, j’entends de grands éclats de rire.
Je sors : c’est Yves qui danse avec deux employées qui viennent de finir le ménage. J’ai appelé cela « La danse des confinés » !

C’est ce jour-là que nous avons organisé un « Merci » aux employées qui, chaque jour, venaient nous apporter le repas dans nos studios. Nous avons donné rendez-vous, à tous ceux qui pouvaient se déplacer, à midi, devant les cuisines, pour applaudir dès qu’elles sortiraient. Les jeunes employées ne s’y attendaient pas, car, à cette heure, il n’y a personne dans le parc ! Quand nous les avons applaudies, tous en même temps, elles ont posé leurs gros sacs et certaines nous ont filmés avec leur smartphone. L’une d’elle a dit « j’en ai la chair de poule » ! C’était un sacré moment, pour les employées, comme pour les résidants.

 

J’aime, de ma fenêtre, voir toutes ces belles choses qui se passent dans le parc ! Moments d’échanges, sur un banc ; moments d’entr’aide pour la marche.

Une dame marche, marche, dans le parc, avec sa canne, par n’importe quel temps ! J’avoue que je l’admire ! Plusieurs fois, je lui ai fait signe « chapeau ! ». Elle me répond « il faut bien ! », de sa voix aigüe. 

Mado, habite le bâtiment en face du mien. Quand elle se fait du « bon café », elle me met une tasse sur la table, dehors, pour que je la prenne quand je la verrai ! Quand je viens lui offrir un magazine, elle me dit : « Asseyez-vous un moment, vous avez bien le temps ! Parlez-moi de « vos petits » (du caté). Elle me montre la photo de son petit-fils en me disant : « Maintenant, je veux vivre le plus longtemps possible pour qu’il se souvienne de moi » ; alors que, jusqu’à présent, elle disait « Bof ! il faut bien mourir un jour ! ».

Simone, qui est ma voisine, sonne de temps en temps chez moi : « Vous pouvez me boutonner mon chemisier dans le dos, je ne peux plus le faire ! » ou bien « vous n’auriez pas un timbre pour que je poste cette lettre ? »

Sachant que ma sœur tricote des pulls pour des enfants qui n’ont rien, même pas de chauffage, Simone s’est mise elle-aussi à faire des écharpes pour eux, en regardant la TV ; et elle a même « embauché » une amie qui tricote des ensembles pour bébé (petits tricots, bonnet et chaussons) !

Un jour, je me rends à la salle à manger, à midi et arrive en même temps que Rosa, une frêle petite dame de 97 ans. Elle a du mal à « garer » son déambulateur et à prendre sa canne qui s’est coincée ; je l’aide à la sortir. Comme elle marche mal, je lui propose mon bras pour l’aider ; elle me dit « oh ! vous êtes Jésus pour moi ! » Je souris, mais j’avoue que j’ai été très émue par ces paroles !

Il y aurait encore tant d’autres petits faits sympathiques et confidences parfois douloureuses émouvantes de Danielle, Jacqueline…. Je me dis : Merci, Seigneur, je commence à comprendre pourquoi « je suis ici », la mission simple, de proximité, qui permet « des paroles profondes de leur vie ! »

Juin 2021- En retraite au Berceau, je médite sous les arbres. Le père Vincent, avec qui j’avais fait plusieurs camps vincentiens, vient vers moi et me demande simplement, en souriant « Qu’est-ce que tu deviens ? ». Je lui dis que je vis dans une Résidence Autonomie à Toulouse, tout en faisant partie de la communauté des Izards. Il me répond : « c’est une belle mission que « d’être avec » d’autres personnes âgées, au lieu de « faire » pour les autres ! ».

Ma foi, cette réponse m’a ravie intérieurement, et cela me conforte dans cette paix et joie intérieure, de vivre cela, en Résidence Autonomie !

Tout cela, c’est ma mission dans mon lieu de vie !

Naturellement, avec les enfants du caté ou de l’aumônerie des Izards, c’est un « autre monde » que je côtoie aussi et qui me donne une autre dimension, un autre rythme, leurs familles venant de la Réunion, du Rwanda, du Congo, du Bénin, de la Martinique, etc… Cela donne une ouverture sur le monde ! Les paroissiens arrivent à la messe aux Izards avec toute leur vie, leur vécu, leurs habits traditionnels colorés, leur dynamisme, leur manière de prier, de chanter… Dans le HLM où vit la communauté, « c’est 36 pays qui se côtoient ». Chacune de nous y vit une dimension internationale, avec ce que nous sommes !

Tout cela rejoint ce que nous avons réfléchi communautairement, ce qui nous parait essentiel :

« Être dans la présence aux autres, en allant vers eux ou en les accueillant, plutôt que dans le faire. »

 « C’est une responsabilité de témoigner personnellement de notre identité de Fille de la Charité en vivant au milieu des autres. »

 

Sœur Christiane CORNU, Toulouse
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