Suite de l’article : “la guerre hier, la guerre aujourd’hui…”,

le Service des Archives vous propose pour ce 2ème mois,

d’évoquer ce qu’était la vie des Sœurs et des Orphelins durant la Guerre 1914-1918

Dans les ORPHELINATS des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul

durant la GUERRE 1914-1948

2ème partie

Les locaux des orphelinats sont mis à la disposition des Ambulances.

Dès le 17 août 1914 à Narbonne, une ambulance fonctionne dans l’Institution des Aveugles et Sourds-Muets.

A Monsac en Dordogne, en septembre 1914, une ambulance bénévole est installée dans les locaux de l’Orphelinat des garçons. Sous la conduite des Docteurs, Sœur Eugénie fait tout le travail. A cette époque le nombre des orphelins est réduit à 20 afin de laisser les locaux aux blessés. Quatre Sœurs sont employées à l’Ambulance qui fonctionne jusqu’en octobre 1916. Des demandes sont faites pour l’admission des orphelins de la guerre. Il faut s’ingénier pour subvenir aux besoins des enfants. 

Par suite du bombardement de la capitale, les administrateurs de l’orphelinat Genin de Saint-Denis voulant mettre leurs pupilles à l’abri, font de pressantes instances pour l’accueil de leurs orphelins et personnel : 42 garçons, 6 sœurs et 2 employées. Ils arrivent à Monsac le 28 mai 1918. Le ravitaillement est bien difficile dans cette petite campagne. Les petits réfugiés de Saint-Denis regagnent Paris après l’Armistice, fin avril 1919.

A Toulon La Providence, dans les locaux de l’orphelinat, l’Hôpital militaire n° 8 est aménagé. Les jardins permettent aux convalescents de jouir du soleil et du bon air. L’ambulance est ouverte le 13 septembre 1914, elle compte 204 lits réservés en partie aux blessés des Dardanelles. Les Sœurs, en petit nombre, sont surchargées de travail.

A Sedan dans les Ardennes, les Filles de la Charité apportent leurs soins aux blessés. Un des mutilés qu’elles ont soignés rend ce témoignage : « elles ne cessèrent de faire du bien aux blessés et l’on ne pourrait sans une véritable ingratitude oublier leur sollicitude toute maternelle ».

Des orphelinats sont sollicités pour disposer des locaux pour les blessés : à Paris avenue Parmentier, rue du Cloître St Merri et à la Fondation Eugène Napoléon – en banlieue parisienne, au Raincy Boulevard du Nord et à Champigny-sur- Marne Grande Rue.  

A Aniche dans le Nord, les écoles sont transformées en lazaret (lieu de quarantaine pour les contagieux). La classe se fait dans des maisons particulières. Les élèves sont surveillés par de jeunes normaliens qui suppléent au personnel enseignant qui est aux armées.  

A Vannes dans le Morbihan, les jeunes filles servent aux Ambulances avec dévouement. Mais la difficulté de trouver des vivres est cause de la fermeture momentanée des cours.

Au Château des Marches, en Savoie, 72 orphelines vivent au Château. L’orphelinat s’adapte et se transforme en Hôpital militaire. Vingt-cinq lits sont préparés et accueillent en premier lieu les émigrés des Ardennes. Les premiers convois de soldats blessés au front arrivent. La salle de bal est transformée en salle de soins et salle de chirurgie. Le Château des Marches devient l’Hôpital auxiliaire n°14. Sœur Mélanie ne peut pas se résoudre à quitter son domaine où les soldats blessés et quelques poignées d’orphelines ont besoin de sa présence. Mais, épuisée, elle s’éteint le 26 octobre 1915.

A l’Hôtel-Dieu de Crécy-sur-Serre dans l’Aisne, les grandes cornettes soignent les blessés français avec zèle et dévouement. Sœur Bouillon recueille les enfants et les vieillards.

A Nice, en 1914, des initiatives de laïcs permettent d’accueillir des jeunes. Avec le Comité de l’orphelinat des armées, des locaux sont aménagés et meublés. Sous le nom de « Bonne Garde », ils abritent une quarantaine de jeunes filles, orphelines ou atteintes par les malheurs de la grande guerre. En 1918, la guerre étant terminée, la Supérieure demande qu’un local plus vaste et plus commode soit mis à sa disposition pour les orphelines des classes primaires et de la Bonne Garde. Un immeuble est acquis grâce à de généreux donateurs.

A Elancourt en Seine-et-Oise, un orphelinat de garçons est dirigé par les Sœurs de Saint Vincent de Paul. Lors des visites de ces enfants, une personne témoigne : « Tout est tenu avec le zèle, le tact, le soin et l’ordre que les Sœurs de Charité savent toujours mettre au service du bien ».   

A Rochechouart en Haute Vienne, la guerre interrompt les travaux d’un bâtiment. Deux bataillons de chasseurs à pied y sont transférés en septembre 1914. Ce bâtiment et celui de l’orphelinat sont affectés, l’un au service des contagieux, l’autre à l’infirmerie du dépôt. Les Sœurs sont chargées de soigner les Chasseurs malades, mais après entente préalable entre l’Administration et le Médecin-Major, elles s’occupent de la préparation des aliments, bouillons, lait, tisanes… que les infirmiers militaires leur distribuent. Elles s’occupent aussi du blanchissage. Les Chasseurs partent en janvier 1917. Quelques jours après leur départ arrivent des réfugiés. On les loge dans le bâtiment de l’orphelinat. Ils sont rapatriés en 1919. 

Un récit de l’Institution des sourds-muets à Arras dans le Pas de Calais fait découvrir les angoisses vécues durant cette période (voir le diaporama) :

 « Partis en vacances, les enfants venaient de rentrer dans leurs familles : il ne restait que les nôtres, ceux qui n’avaient d’autre toit que notre chère Institution. Après trois mois occupés à recevoir la troupe, à hospitaliser les réfugiés de Maubeuge, à soigner les pauvres blessés, nous reçûmes les premiers obus le 6 octobre. Qui pourra jamais traduire ces angoisses, ces souffrances du bombardement : les sourds-muets ne s’en effrayaient pas trop, ils n’entendaient rien ; mais les aveugles sentaient la mort suspendue au-dessus de leurs têtes et entendaient les crépitements des incendies de la ville. Il fallait habiter les sous-sol et le jour et la nuit. Dieu veillait sur nous, pas un accident ne fut à déplorer.

Le 26 octobre 1914, la Préfecture donna l’ordre d’évacuer le personnel et les élèves de l’Institution car on craignait l’investissement de la ville. Il fallut donc fuir avec une centaine d’enfants sous les obus qui tombaient près de nous : après avoir marché cinq heures et franchi la ligne du feu, nous arrivions à Aubigny, village situé à 18 kilomètres d’Arras. Où aller ? Où conduire ces enfants à l’approche de l’hiver ?

Après quelques jours de voyage, nous descendions à Berck-plage qui devint l’établissement de l’œuvre jusqu’au jour béni où nous pourrons rentrer à Arras. Il ne fallait pas songer à retrouver une maison avec quatre dépendances ; cela n’existait pas. Depuis octobre 1916 les cours et classes ont été repris comme à Arras, dans la mesure du possible. Beaucoup d’enfants manquent à l’appel, car une barrière de fer et de feu nous en sépare depuis trois ans ; ils sont en pays envahis ! Que font-ils ? Qui les instruit ?   

Depuis ce mois d’octobre 1914 notre maison à Arras a reçu 50 obus. Que de parties de bâtiments effondrés ; des toitures presque toutes à jour ou éventrées laissant passer l’eau qui s’infiltre par les plafonds : combien de murs qu’on espérait restaurer qui disparaissent peu à peu après chaque bombardement. La maison des Filles Aveugles âgées reçut son dernier obus le 20 juin 1917, qui a fini de la raser complètement : elle n’existe plus ! Le bâtiment des Jeunes Muets a été coupé en deux par un obus de 210 mm et récemment endommagé à plusieurs endroits par de successifs bombardements. Qu’arrivera-t-il encore puisqu’Arras est toujours sous les coups de leurs obus […] »

A la suite de Vincent de Paul, homme de foi en Dieu et un homme de foi en l’homme, les Sœurs avaient le souci d’accorder une grande importance à la vie et à l’événement. Elles ont apporté tous leurs soins aux enfants et aux blessés meurtris par la guerre.

                                              

Le Service des Archives de la Province Belgique-France-Suisse

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