« La guerre hier, la guerre aujourd’hui… »,
le Service des Archives vous propose, sur deux mois,

Les ORPHELINATS des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul
d’évoquer ce qu’était la vie des Sœurs et des Orphelins durant la Guerre 1914-1918.

1ère partie

Evoquer les orphelinats des Filles de la Charité durant la Guerre 1914-1918, demande de revenir à l’esprit des Fondateurs, Vincent de Paul et Louise de Marillac. Tout a commencé par l’œuvre des enfants trouvés.

               Face aux besoins de première urgence de son temps, Vincent étudie les réponses déjà apportées par d’autres, avant de créer et d’organiser. Les Dames de la confrérie de la Charité de l’Hôtel Dieu à Paris, stimulées par Monsieur Vincent, assurent la prise en charge financière. Les Filles de la Charité donnent leur temps, leurs bras et surtout leur cœur.

À partir de 1648, année de la Fronde, la situation devient de plus en plus difficile : régions dévastées par la guerre, plus d’argent, ni de pain, ni de linge, ni de sécurité.

Il faut le courage de Louise de Marillac, la parole convaincante de Monsieur Vincent, la foi ardente de l’un et de l’autre pour sortir de l’impasse. Non, les petits enfants ne sont pas abandonnés une seconde fois. Louise de Marillac a le souci constant de : « les élever, les instruire, les mettre en état de gagner leur vie et de se sauver ». Extrait du 1er règlement.

Au XVIIIe siècle, le nombre des abandons monte en flèche. Au XIXe siècle, les Filles de la Charité ouvrent de nombreux orphelinats. Plusieurs villes mettent en usage le « Tour » qui fonctionne en général avec un bureau d’admission. Les asiles pour recevoir les enfants se multiplient. À partir de 1859, l’œuvre prend le nom de l’Hôpital des Enfants assistés. Ces établissements se multiplient et prennent par la suite le nom d’Orphelinat. De manière générale, là où s’implante une maison des Filles de la Charité, là se met en place un orphelinat, souvent à la demande des hôpitaux ou des sœurs hospitalières, où sont déposés les enfants orphelins ou abandonnés.

Vincent de Paul et Louise de Marillac font figure de promoteurs des institutions en faveur de l’enfance en détresse. Vincent est reconnu comme le fondateur de l’Assistance publique et Louise a été déclarée par le pape Jean XXIII, patronne de ceux qui s’adonnent aux œuvres sociales.

               Dans les règlements particuliers établis par les Fondateurs trois dispositions fondamentales se dégagent :

  • Le regard de foi : « Reconnaître leur dignité d’homme et de fils de Dieu : c’est justice ! »
  • Le sens de la justice : « Ces enfants ont droit à la vie. Etre leur voix, en prendre soin, les nourrir, les éduquer, les instruire : c’est justice ! »
  • Le regard d’amour : « Leur faire sentir qu’ils ont le droit d’être aimés : c’est justice ! »

Les orphelinats sont nombreux au 19ème siècle et dans la première moitié du 20ème ; ils ne seront vraiment règlementés officiellement qu’entre les deux guerres soit 1918 à 1939 pour se transformer par la suite en Maisons d’enfants. L’âge d’entrée dans les orphelinats est 5 à 6 ans, exceptionnellement plus tôt s’il s’agit d’une fratrie ou d’une circonstance particulière, comme la guerre justement. Puis les reconnaissances légales par la DASS et la Justice des mineurs, permettront le fonctionnement que nous connaissons aujourd’hui. 

Les orphelinats du début du XXème siècle et la Guerre 1914-1918

               Comme bien d’autres Congrégations, les Sœurs de Saint Vincent de Paul ont été fortement impliquées dans la « Grande Guerre ». Le sujet a été largement abordé en 2018, lors de la Commémoration du Centenaire. La documentation et l’iconographie ont porté surtout sur les soins aux blessés dans les hôpitaux et les « ambulances ».

Une étude sur les orphelinats est plus complexe du fait même qu’il n’y a pas d’écrit des jeunes de ces établissements, et plus de témoins vivants en 2022 !

               A partir des archives des Filles de la Charité de la seule région du Nord de la France, sur 156 maisons, 51 maisons ont un orphelinat, soit 1/3 des maisons. A cette époque, les œuvres sont majoritairement les soins « Hôtel Dieu – Hôpital – Hospice – Asile » et les « Maisons de Charité », souvent accompagnés d’un orphelinat. D’autres maisons ont un orphelinat comme œuvre principale.

A Libourne en Gironde, le règlement des orphelines du 1er octobre 1888 est toujours en vigueur durant la période 1914-1918, avec quelques aménagements.

Il convient de distinguer deux situations : en zone de conflit et en zone non occupée par l’ennemi.

Si les archives de cette époque sont rares, il est toutefois possible de glaner des informations. Les orphelinats sont situés en « zone de combat » ou « à l’arrière ». Dans certains lieux comme Vitry-le-François, Reims, Rethel, Verdun, les enfants des orphelinats étaient rendus à leur famille ou évacués en des régions plus sûres. Les Sœurs pouvaient se trouver sur le chemin des troupes ennemies ; elles étaient aussi contraintes d’héberger des officiers.

Les Sœurs œuvraient essentiellement dans les Ambulances militaires pour soigner les blessés. Cette activité de guerre a été extrêmement importante pour les Filles de la Charité. Un Registre à la Maison Mère recense 153 Ambulances. Beaucoup d’entre-elles étaient installées dans les locaux vides des orphelinats. Un Livre d’Or du Clergé et des Congrégations a recensé plus de 300 Filles de la Charité entre 1914 et 1922. Beaucoup d’entre elles ont reçu des décorations pour leur action auprès des blessés durant cette Guerre.

Les enfants des orphelinats sont évacués et sont mis en sécurité

Lors de la déclaration de Guerre en 1914, à Saint Pierre du Gros Caillou à Paris, dans le 7me, est notifié la fermeture des Ecoles. Mais le 4 août, un communiqué de la Préfecture donne l’ordre de reprendre immédiatement les enfants, l’école est ré-ouverte rue de Grenelle.

Une garderie et un ouvroir de guerre sont organisés. Ce dernier fonctionne à plein rendement fournissant un travail à toutes les ouvrières. La vie est difficile avec les nombreuses alertes de la « Bertha » toutes les demi-heures. Les internes sont envoyées au Grau du Roi et à Castres. Certaines Soeurs partent pour le service des ambulances.

A Sainte Anne de Maison Blanche à Paris, les sœurs décident de mettre les enfants en sûreté. Sœur Suzanne est désignée pour en conduire une trentaine à Martel, dans le Lot. Elle confie ses orphelines à la Sœur qui dirige l’ouvroir et s’offre pour le service des blessés. Quatre fois par jour, elle part, malgré le froid, le mauvais temps, la neige, pour rejoindre l’ambulance.     

A Samatan dans le Gers, Sœur Marie a remis à neuf le bâtiment de l’Ecole Ménagère. Elle doit l’abandonner pour accueillir d’abord les enfants de Bellevue, puis un peu plus tard les blessés de la Guerre.

               A St Louis en L’Ile à Paris 4ème, les enfants sont évacués dans le Calvados en Normandie, à Bénerville qui devient colonie de vacances.

               Dans les maisons des Sœurs, on reçoit des évacués, des orphelins sont placés dans des maisons particulières ou dans des orphelinats.

               A l’Hay-les-Roses en banlieue parisienne deux maisons reçoivent des orphelins, filles et garçons, en grand nombre. Les enfants au-dessous de 3 ans, sont placés par Sœur Gabrielle dans d’excellentes familles.

Dans la périphérie de Paris, de nombreuses maisons accueillent des orphelins : Orsay, Fontainebleau.

               En 1916 à Saint-Flour dans le Cantal, à l’occasion de l’hébergement de petites réfugiées alsaciennes, les sœurs sont rappelées pour s’en occuper ; elles vivent difficilement faute de ressources.

               En 1917 à Amiens, la ville est sous les bombardements. C’est l’évacuation, l’épreuve de l’exode :  les enfants, les vieillards, les Sœurs partent en train vers le Midi à Nice.

                                                                                                                                                                                            A suivre…

Sœur Annie GESRET, Archiviste Provinciale

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