Selon le dictionnaire Larousse 2012 :
Virus : * Agent infectieux très petit qui ne peut se reproduire qu’en parasitant une cellule.
* Tendance irrésistible considérée comme pernicieuse. Toute la force est enfermée dans une coque rigide. (Autodestructrice au contact d’une cellule.)

Pire que le poulpe aux multiples ventouses, son aspect sphérique se prétend “coronal”. Or ce terme est réservé aux étoiles et au soleil : astres plutôt fastes et généreux !

Confinement : se tenir enfermé, s’isoler, se limiter à une occupation, une activité.

« Lire, c’est recréer l’âme des choses, écrire c’est fabriquer un nid pour les œufs de la mémoire… Ernest Pépin.

Mais dans notre nid nous ne voulons pas que le coronavirus vienne y pondre ses œufs !
Néanmoins il est important de se souvenir de ce moment de confinement, non tant dans ce qu’il a de difficile et douloureux pour nombre d’entre nous mais surtout dans ce qu’il apporte de réflexion, d’entraide, d’écoute, d’échange, au point que les pauvres neurones des réseaux sociaux en viennent à disjoncter surtout à certaines heures de la journée.
Et après ? Peut-être faudra-t-il renforcer sérieusement la fibre pour la prochaine vague de ce Covid 19 ! Car qui sait s’il disparaîtra définitivement ?
Or l’homme est un être de communication et ce n’est pas une petite bête qui pourra l’en empêcher.

Confinement ! C’est la guerre ! Il faut se protéger mutuellement. Bon ! Mais il faut vivre ! Vite les magasins d’alimentation sont dévalisés et c’est chacun pour soi. Panique à bord !!!! Les gens pensent d’abord aux réserves pour manger. Mais comme le paralytique de la piscine de Bethzatha : le pauvre qui n’a pas d’argent, le vieillard qui se déplace lentement, le handicapé qui avance difficilement, ceux-là arrivent lorsque les rayons sont vides.
Confinement ! Si les étals sont dévalisés il n’y a plus rien pour les banques alimentaires, Restos du cœur, et autres, alors de quoi les gens de la rue vont-ils pouvoir vivre ?
Confinement ! On ferme les lieux d’accueil, ils sont confinés dehors : quelle aberration en ce XXIème siècle !
Confinement ! Les malades sont enfermés dans des structures particulièrement « adaptées » avec des soignants. C’est la guerre ! Les munitions manquent : pas de masques, pas de blouses, pas de gants !
Un grand appel à la générosité est lancé ! Tiens ! Un nouveau mot : « générosité ». On fouille tiroirs, greniers, placards, et armoires, on retrouve quelques anciens trésors de guerre aussitôt portés à ceux qui sont au front.

Générosité vous dites ? Le virus ne démolit pas le cœur. Il détruit « seulement » les poumons. Tant que le cœur bat, il y a la vie, alors le cerveau fait son remue-méninge et les yeux affûtent leur regard.
Les pauvres sont toujours là et viennent chercher à manger ; mais attention ils ne respectent pas les gestes barrières : ils n’ont rien pour se laver les mains, ils ne portent pas de masque (déjà qu’il n’y en a pas pour les soignants !). Ils ne se tiennent pas à un mètre de distance. Ben non ! ils ont froid, ils ont faim, alors ils se serrent les uns contre les autres et au moment de la distribution d’un pauvre sandwich, par peur de la contamination (on ne nous a pas dit si le virus en plus de rouler pouvait sauter), on tend les bras pour passer le morceau de pain à travers la barrière métallique ! « Jésus prit du pain, le rompit et le donna à ses disciples » : il n’est pas dit qu’il l’a tendu de loin… Est-ce que le pauvre peut sentir la chaleur du geste ?
Les premiers jours, Paulette, munie de son autorisation dérogatoire, continue à aller à « Midi partage ». Elle est bouleversée de voir le traitement réservé à la misère de la rue. Aucune chaleur humaine. Pas de possibilité de les faire manger dans une pièce, à l’abri.
Les magasins sont dévalisés mais elle arrive tant bien que mal à rapporter ce qui n’a pas été distribué.
Oui, car Evelyne, Henri, Françoise, Brigitte ont faim aussi. Certes ils ont un toit, mais ne peuvent se déplacer seuls.
Oh ! ce ne sont pas des ortolans qui leur sont offerts mais ce morceau de pain est tellement bon avec une tranche de jambon, un peu de pâté, parfois une crème dessert.
Bon, tout ça c’est pour ceux qu’on voit, mais les autres ? Un jeune étudiant qui prépare un master, ses parents sont au bled et envoient juste ce qu’il faut pour payer le loyer. Il n’a rien à manger. Le resto U est fermé. « Midi partage » est fermé, l’accueil Saint Vincent de Paul est fermé ! Il ne peut plus faire sa lessive. Dominique se rend compte qu’elle ne le voit plus. Elle envoie Paulette chez lui. Le pauvre l’accueille les larmes aux yeux. Il va pouvoir manger un peu. Il ose parler de son linge ; elle donne quelques euros pour le Lavomatic.

Virus, qu’as-tu fait de nos frères ? Dans quel état les as-tu réduits ? Tu bouffes les poumons, tu enraies toutes les mécaniques, les usines ferment, les entreprises petites ou grandes ferment, les magasins ferment ; ne restent que les commerces de première nécessité : c’est-à-dire du domaine alimentaire.
Vous avez dit bizarre ? C’est vrai ! Confinement ! Mais dans les magasins, on est enfermé alors pourquoi pas de marchés ? parce que le virus peut se poser partout mais dans les magasins, il ne franchit pas les portes ?
Pas de chance ! : non ! Covid 19 se pose sur les poissons.
Je vous dis il est PARTOUT !!!
Et Stéphane… Il pourrait bien être chez lui, au chaud, mais voilà, sa compagne en a fait son souffre-douleur, alors il est relégué dans un réduit. Pas d’accès à la douche, ni à la cuisine. La journée il reste dans sa voiture. Il n’est pas paresseux, il serait plutôt faible, il ne sait guère se défendre ; dans la situation de stress où il se trouve, il a loupé son permis poids lourd ; il frappe à toutes les portes pour trouver du travail mais tout est fermé : confinement ! Pas de travail donc pas moyen de trouver un logement !
Chaque fois que cela est possible on l’appelle pour lui donner à manger.
En paroisse un roulement est institué pour lui téléphoner chaque jour afin que ce temps lui soit moins difficile à vivre.
Il en est de même avec les personnes âgées, seules chez elles. Plus de participation à la messe, plus de sortie, plus de visite… La télé, c’est bon un peu, surtout pour la messe le dimanche, sinon il n’y a pas grand-chose d’intéressant !
Les yeux ne permettent pas de lire longtemps. Plus d’aide-ménagère… Que tout ça est difficile !!!

Confiné ! Même les malades n’ont plus de visites, ça leur fait double peine : lutter contre la maladie et contre la solitude. C’est peu pour garder le moral !
Confinement oblige, s’ils sont chez eux et ont besoin de secours moral ou spirituel, quelle rubrique cocher sur l’attestation de déplacement dérogatoire ?
A tout hasard, comme saint Vincent nous le commanderait, nous devons aller à son secours, de même qu’il s’est rendu auprès du paysan de Gannes.
Alors tout en respectant les consignes de précaution, nous cochons, en toute conscience : « déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes vulnérables ou la garde d’enfants ».
A un monsieur de 90 ans les médecins annoncent l’arrêt des dialyses. Il lui resterait une semaine à vivre. Très lucide sur ce choix il se prépare à la mort sereinement, entouré de sa famille, avec Paulette, ils vivent un temps de prière très fervent. La paix est entrée dans la maison.
Au moment où les rassemblements sont interdits pour les familles endeuillées on ressent très fort l’importance d’un accompagnement et nous pensons réellement que ce n’est pas transgresser la loi que faire un acte de Charité.
D’un autre côté les soignants sont là. Les soignants, ces héros ! On les soutient autant que possible, on les chante, on les applaudit. Les restaurateurs ne pouvant plus accueillir, vont au-devant de ceux qui n’ont plus le temps de cuisiner et apportent de quoi reprendre des forces.
Oui, chacun donne ce qu’il a. Les réserves ne servent pas ou vont périmer, alors mieux vaut les offrir à ceux qui se donnent aux autres. C’est ainsi que des repas sont livrés pour le personnel hospitalier.
Même notre épicière, qui fait aussi traiteur pour le quartier, n’a plus le même débit.

Confinement ! Les usines sont fermées, les magasins sont fermés, plus personne ne va au travail, donc les sandwichs et les repas froids ne sont plus utiles, on cuisine et on mange chez soi. Alors pour ne rien perdre (elle n’aime pas jeter) elle apporte pain, beurre, produits laitiers, charcuterie et quelques repas tout prêts nous disant : « Vous en faites ce que vous voulez ». Sitôt dit, sitôt fait. Le partage est fait pour Evelyne, Françoise, Henri Joceline et les autres….
Confinement ! En communauté que faire sinon prier, prier davantage. La messe de notre Pape François est d’une grande force pour démarrer la journée. La prière du chapelet à Lourdes nous unit à tous les malades et pèlerins qui auraient dû être sur place et que Covid 19 a maintenu chez eux ! Les Laudes et les Vêpres en union avec les Fils de la charité et certaines paroissiennes.
Confinement ! Même si parfois, en temps normal, on aimerait avoir un peu de calme, vivre un temps de solitude, c’est un choix. Ici le confinement nous est imposé ! Alors quoi faire ?
Chacune selon son charisme trouve son emploi. Anne Marie, en bonne maîtresse de maison range les placards… En bonne couturière, elle fabrique des masques (solidarité oblige !) dans un drap donné par les Fils de la Charité car eux aussi ont fait des rangements chez eux, et dans du tissu donné par l’épicière !!!
Et les commandes pleuvent pour la chorale, pour les démunis du quartier….
Paulette veille sur toutes les personnes en précarité autour de nous et lorsque la voisine nous donne quelques victuailles elle va déposer chez l’un et l’autre à la porte.
Elle ramasse les pissenlits pour nourrir les poules de la ferme sociale du quartier.
Confiné ! Dur, dur ! Alors un peu de marche pour la bonne cause permet de rester en bonne santé psychologique.

Rions un peu ! Nous sommes des seniors, donc, selon les critères gouvernementaux des personnes à risques. Fragiles. Oui, mais encore bien valides ! Alors lecture et fauteuil ça va bien un peu et l’inactivité entraîne surpoids, ankylose, baisse du moral…
Nadine fait le lien dans la paroisse : les prêtres envoient homélies et méditations qu’elle adresse ensuite aux quelques 70 paroissiens dont elle a les adresses. Le lien est important pour tous ceux qui souffrent de la solitude.

Covid 19, tu as un nom d’agent secret venu pourrir la vie de toute l’humanité. Même sous la torture tu ne nous diras pas d’où tu viens, qui t’envoie ? Tu débarques, tu tues, tu paralyses l’économie mondiale, tu es mauvais !
Tu exacerbes tout le monde ! Tu pousses à bout tous les soignants ! Tu déséquilibres les plus fragiles !
Les personnes violentes le sont encore plus, les femmes et les enfants en subissent les conséquences.
Les bureaux de tabac et de débit de boissons ne seront pas en faillite, plus moyen d’avoir de la drogue mais tabac et alcool sont-ils moins dangereux ?
Les services d’urgence sont surchargés, les assistances respiratoires sont limitées, alors qui réanimer ? Quelle charge morale, éthique tu imposes aux soignants !
Tu es vraiment inhumain, sans cœur, et même sans intelligence.
Tel un robot programmé tu avances, tu agis, sans aucune distinction. Tes neurones disjonctent. Tu exécutes à l’envers le principe moral d’une action de soin …
Maltraitance, c’est le maître mot de ton action et dans les EHPAD, quand tu ne tues pas, tu provoques le malheur des personnes âgées qui ne comprennent pas pourquoi elles n’ont plus de visites, pourquoi elles ne peuvent plus marcher dans le couloir, pourquoi elles doivent manger seules dans leur chambre, un repas plus ou moins chaud et peu appétissant. Pourquoi, comme ce pauvre homme qu’on dépose dans une chambre, seul, sa famille ne peut l’accompagner ni lui personnaliser un peu ce nouveau lieu de vie. Il pleure… il est seul… Une voisine voudrait pouvoir faire quelque chose pour lui mais elle ne peut se déplacer, alors elle sonne, pour qu’au moins quelqu’un vienne, mais longtemps après elle entend seulement dire « mêlez-vous de ce qui vous regarde » !
Non ! tu ne tues pas systématiquement. Tu es un véritable bourreau qui torture à petit feu. Tu es vicieux. Tu es fin dans tes mauvaises actions. Oui ! la torture tu la pratiques aussi dans les familles qui perdent un des leurs. Impossible de dire au revoir, impossible de se revoir. Il est parti à l’hôpital en ambulance, il ressort dans un cercueil. Pas d’obsèques religieuses ou très peu. Il ne faut pas plus de 10 personnes dans l’église. Au cimetière tout va très vite.
Les pompes funèbres sont surchargées, pourquoi les favorises- tu aussi, c’est déjà une entreprise lucrative et tu l’aides encore…
Pourquoi fais-tu taire les machines-outils ? Il n’y a plus aucun bruit d’usine, un silence de mort règne dans les ateliers.

Et voilà que le silence fait naître des idées, de la générosité !

Tu n’arriveras pas à éteindre les fours et les plaques de cuisine et chacun, grâce aux actes de solidarité peut trouver à manger.
Tu n’arrêtes pas les machines à coudre et partout des personnes transforment le lieu de travail habituel en fabrique de masques, parce que vois-tu, lorsque nous serons déconfinés nous aurons nos masques et tu ne pourras plus nous atteindre.
Tu n’as pas réussi à couper le fil du téléphone.
Tu freines un peu la fibre mais tous ceux qui le peuvent, communiquent par internet ; un travail est possible pour les écoliers, les lycéens, les étudiants, les administrations. On communique entre amis.
Tu es méchant mais nous sommes forts et c’est nous qui gagnerons et grâce à tout ce que nous aurons appris lors de ce confinement, nous nous relèverons de nos cendres, plus forts, plus solidaires, plus généreux.

 

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