Province de Toulouse –  à 57 km de Toulouse

 

Au Nord de l’Ariège, enclavé entre la Haute-Garonne et Aude le village de Mazères est situé dans une vallée agréable au Nord du Département.

La maison des Sœurs de Saint Vincent de Paul se trouvait située 38 rue de l’Escabelle.

 

 « Le 10 février 1836, Isaac Fustié consentit en faveur du Curé de Montaut, l’abbé Lacoste la vente de 2 métairies et de 2 maisons, d’un ensemble de divers meubles et d’une quantité de linge […] Je soussigné, Bernard Lacoste, Curé demeurant à la Paroisse de Montaut déclare […] qu’en acceptant la vente du 10 février 1836, les dits biens serviront à l’établissement, logement et entretien des Sœurs de la Congrégation de Saint Vincent de Paul dont le service sera spécialement affecté à l’éducation des filles pauvres et au soin des malades de la paroisse de Mazères. »

Arrivée des Sœurs le 10 novembre 1843

« Ce Curé de Montaut, M. Lacoste, d’honorée mémoire, avait fondé à Mazères un établissement destiné pour être une école de jeunes filles sous la direction des Sœurs de Saint Vincent de Paul. L’acte du 4 juillet 1849 atteste de la fondation de cette maison, et du zèle de ce bon prêtre. Il existait à cette époque dans la maison destinée à cette fondation : une chapelle et son mobilier, des salles pour l’ouvroir, de petites classes, de grandes classes, une salle de repassage, des dortoirs, une infirmerie, un salon, deux réfectoires, une cuisine, le tout meublé, donc l’établissement était complet en 1849, lorsque le Curé Lacoste voulut affermir son institution et transmettre sa bonne œuvre à la Congrégation des Sœurs de Saint Vincent de Paul. »

Possession de l’Etablissement de Mazères par les Sœurs de la Charité de St Vincent de Paul

Le 21 novembre 1843 à dix heures du matin :

« Les quatre premières Sœurs : Sœur Marie Saint Gès, Supérieure, Sœur Vincent Dosset, Sœur Philomène Ritaubet, Sœur Louise Castagnon, envoyées par Sœur Carrère, Supérieure générale de la Communauté des Filles de la Charité, prennent possession de l’établissement qui avait appartenu à Issac Fustié et Suzanne Fustié sa sœur, pour être à perpétuité dirigé par les Filles de la Charité de St Vincent de Paul. L’intention du donateur étant telle, que, Maison, meubles et immeubles, le tout appartienne à la Communauté de Paris […]

Lettre de Sœur Saint Gès, Supérieure des Filles de la Charité à Mazères, à ma Sœur Carrère, Supérieure générale, lorsqu’elle arriva dans l’établissement en 1843

« […] M. le Vicaire est venu nous chercher avec deux voitures à Pamiers, il nous a dit la messe à cinq heures… Une foule d’enfants avec des branches de lauriers nous ont escortées en criant « vive les Sœurs. Une foule immense était présente ; nous étions toutes les quatre à dix minutes de la Ville. Une procession de plus de deux cents jeunes filles habillées de blanc, tenant des branches d’olivier et de laurier, chantant de toutes leurs forces le Te Deum, accompagnées d’une foule de jeunes gens avec des aubes, ensuite s’est avancée suivie d’un nombreux clergé ; le Respectable Curé était près de nous, il versait des larmes de joie et il nous a lu son touchant discours […] ». Nous avons été conduites à l’Eglise où était exposé le Saint Sacrement ; après la Bénédiction nous avons été conduites devant notre maison où il y avait encore des grandes branches de lauriers à toutes les croisées. M. le Curé a tout aspergé puis nous a remis les clefs de la maison. Il a fallu nous rendre chez M. le Curé où un dîner nous attendait ; cela m’a contrariée mais il a été impossible de faire autrement, nous aurions fâché M. le Curé qui agit avec nous comme un Père. Il nous a conduites chez M. le Maire qui nous a parfaitement reçues. Il m’a dit que quoique nous ne fussions pas de la même religion, il se trouvait trop heureux de nous avoir dans sa commune. Il est déjà venu nous voir trois fois et hier soir, il nous a envoyé un énorme pain de sucre ; il désire que nous nous chargions du Bureau de Bienfaisance. Je lui ai dit que j’avais besoin de votre approbation, mais que je pensais bien que la chose était faisable, puisque nous ne venions que pour procurer le soulagement des pauvres. Voyez si nous devons l’accepter car je crois que cela fera du bien aux pauvres qui sont ici très mal soignés. La maison est très agréable, des appartements bien distribués pour la Communauté. Nous y avons deux belles classes, on est à même de faire les bancs et les tables que Monseigneur de Pamiers veut bien nous payer […] Je crois pouvoir vous assurer que cet Etablissement dans quelques années sera très avantageux pour la Communauté. Nous ne manquerons pas d’enfants car le jour de Sainte Catherine, nous les avions réunis pour les conduire à la Messe, il s’en est trouvé 250. Les parents et M. le Curé étaient étonnés de voir ces enfants si bien en ordre. Nous pensons pouvoir commencer nos classes lundi prochain. »

La maison des Sœurs de la Charité est située sur les rues de l’Escabelle et de l’Hôtel de Ville.

L’Ecole avec 250 enfants est la principale œuvre, qui fut laïcisée en 1888. L’école maternelle était gratuite ; elle fonctionna jusqu’en 1971.

En 1853, l’Orphelinat de filles est ouvert ainsi qu’un ouvroir interne et externe. L’orphelinat a été fermé en 1954 et fut remplacé par l’orphelinat de garçons, suite à la fermeture de Lévignac ; puis il fut transformé en Maison d’Enfants (de garçons) jusqu’en 1972. L’ouvroir externe de jeunes filles a été fermé en 1960 car il ne répondait plus aux besoins de l’époque.

La visite des malades a toujours été faite par les Sœurs. Un Centre de soins ouvert en 1968  a été fermé en 1979.

L’Hospice Saint Guillaume, fondé par le Bureau de Bienfaisance avec une petite section d’une dizaine de vieillards fut par la suite rattaché à la Maison de Retraite municipale installée dans les locaux de la Maison d’enfants en 1973.

Document écrit par Sœur Château le 15 septembre 1911

« Hospice et Maison de Charité de MAZERES (Ariège) rue de l’Escabelle

L’hospice Saint Guillaume a été fondé par le Bureau de Bienfaisance en vertu du Décret du 19 décembre 1850 (mais il n’a sans doute été ouvert qu’en 1856). Le traité passé par la Communauté avec l’Hospice est à la date du 19 juin 1856, approuvé par le Préfet de l’Ariège le 24 août 1856.

Les Sœurs ont la jouissance d’une maison avec jardin, située comme l’hospice rue de l’Escabelle.

Depuis une quinzaine d’années (soit 1896), elles ont la jouissance du tiers du jardin attenant à l’ancien presbytère, où l’on sème des pommes de terre, des fèves, etc… »

Extrait d’un rapport de 1929

« L’Hospice Miséricorde a 14 lits dont 6 sont occupés – nous avons 50 enfants au Jardin d’enfants.

A l’Orphelinat nous avons 15 filles sur 20 lits disponibles. La mensualité va de 0 F à 80 F.

Sont accueillies au Patronage 105 filles, dont 38 moyennes et 20 petites »          

La maison vit d’une métairie appartenant à la Communauté et de la générosité des habitants, mais nous ne faisons aucune quête. »

 

La Vierge enfant dite « La Petite Reine »

Représentée dans une chasse, la Vierge enfant « Petite Reine » se trouvait dans la chapelle des Filles de la Charité de l’Hospice de Mazères.

En 1901, la Supérieure de la Communauté fit venir cette statue en cire de la Vierge-enfant confectionnée au Carmel de Romans (Drôme) habillée d’une robe de soie et couronnée de douze étoiles Elle la pria intensément pour recouvrer sa santé et celle de sa nièce, malade. Toutes deux obtinrent cette grâce.

« Cet hospice n’existe plus, mais la chapelle a été conservée. Ainsi la dévotion à l’enfance de Marie se perpétue à Mazères. Elle faisait l’objet d’une dévotion particulière de la part de nombreux habitants. En sont témoins les ex-voto d’action de grâce accrochés sur un mur de cette chapelle. Une procession en l’honneur de la Vierge-enfant avait lieu dans la petite ville ainsi que des cérémonies à l’église le 8 septembre ».

Extrait d’un rapport de 1933

« Orphelinat avec 9 filles au-dessous de 13 ans qui sont admises à l’âge de 3 ans, dont trois enfants ont la pension payée entièrement par leur famille ; des bienfaiteurs paient la pension pour quatre enfants ; deux enfants sont à la charge des Sœurs. Les enfants vont à l’école publique.

Le régime alimentaire des enfants est le matin : café au lait, pain à discrétion

                                                             à midi : potage, viande, légumes

                                                            le soir : potage, légumes, dessert »

 

La maison a connu une évolution des activités au cours des années

Hospice, Maison de Charité avec Bureau de Bienfaisance, orphelinat et école ; puis Maison de Retraite, catéchisme, patronage, soins à domicile et Centre de soins.

     De 1843 à 1971, soixante-quatre Sœurs sont inscrites sur le Registre de la maison.

  • en 1958, la Maison d’Enfants compte 28 garçons et l’école maternelle 60 enfants de 2 à 6 ans
  • en 1963, la Maison d’Enfants compte 45 garçons
  • en 1968, un Centre de soins avec infirmières reconnues, et droit de remboursement.
  • En 1971, la communauté fait une étude situation
  • l’œuvre connaît des difficultés, elle a du mal à vivre pécuniairement tant au point de vue des bâtiments, qu’au point de vue éducatif.
  • l’Ecole maternelle répond aux besoins avec un climat sécurisant et la gratuité qui est appréciée (aucune mensualité n’est demandée).
  • la Maison d’Enfants répond aux besoins de l’Ariège et de la Haute Garonne, étant la seule maison mixte de l’Ariège, à caractère social.
  • la Maison de Retraite est rénovée, selon le désir de la Municipalité, pour répondre aux besoins de la population.
  • les soins aux malades sont assurés pour la population avec une sœur infirmière « non motorisée ».
  • au plan pastoral, les sœurs sont engagées et travaillent en paroisse en collaboration avec le clergé.

Une évolution se poursuit avec la fermeture de la Maison d’enfants « Gai logis » et de l’Ecole maternelle en 1972. En 1979 La communauté est composée de 6 sœurs de 54 ans à 84 ans, puis 3 sœurs en 1995.

Avec le manque de relève, la Communauté de Mazères est fermée le 31 juillet 1996.

 

Sœur Annie GESRET, Archiviste Provinciale
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