Après le temps des vacances, la liturgie nous relance dans une profonde dynamique spirituelle en nous présentant à nouveau de façon radicale le cœur de notre foi, la source de notre espérance chrétienne. Le 14 septembre, fête de la Croix glorieuse suivie le 15, par celle de Notre-Dame des douleurs. N’est-ce pas une feuille de route qui peut contribuer à réactiver nos convictions, à les nourrir dans notre contexte sociétal si malmené ? (C. 7 – Conférence St Vt 22 septembre 1674 « Sur la persévérance dans sa vocation)

 

 

La Croix glorieuse

Cette fête de la Croix glorieuse que la liturgie nous invite à célébrer nous place au cœur du paradoxe chrétien : comment ce signe de malédiction qu’est la croix a-t-il pu devenir une source de bénédiction et de salut ? comment la vie peut-elle jaillir de la mort ? La douceur de l’amertume ? La joie de la souffrance ? Ces questions traversent notre coeur et celui de nos contemporains car ce sont des questions inévitables et on ne peut les occulter.

Le Pape François nous ouvre un chemin « Nous exaltons la Croix de Jésus parce qu’en Elle s’est révélé au plus haut point l’Amour de Dieu pour l’humanité(Jn 3, 16).  Par la Croix du Christ, le malin est vaincu, la mort est défaite, la vie nous est donnée, l’espérance rendue. Cela est important : par la Croix du Christ, l’espérance nous est rendue. La Croix de Jésus est notre unique espérance véritable ! Voilà pourquoi l’Église « exalte » la Sainte-Croix… »

Jésus a donné sa vie, il est mort par amour, une mort d’amour, il nous a aimés jusque-là. La Croix, instrument de mort, devient source vivifiante. Par elle, Jésus élevé en gloire « Premier-né d’entre les morts » (Col 1, 18), fait participer l’humanité à sa plénitude de vie. Ainsi la Croix, lieu de mort est devenue lieu de Vie ; de la Croix a surgi la Résurrection ! Alors, quel que soit notre âge, notre faire ou non-faire, comment, à la suite de Jésus et avec lui, pouvons-nous passer de la mort à la vie en choisissant, jour après jour, de vivre avec plus de radicalité notre don à Dieu et aux autres jusqu’au bout par amour ? Comment, avec Jésus, pouvons-nous contribuer à faire jaillir la Vie au milieu des réalités quotidiennes qui sont souvent paradoxales ? Comment, avec Jésus, pouvons-nous promouvoir l’Espérance là où la souffrance, le découragement sont souvent monnaie courante ? Mais aussi, comment repérons-nous et rendons-nous grâce au Seigneur pour les signes de vie, de résurrection que nous discernons autour de nous, dans la simplicité de vie de nos frères et sœurs et au cœur de leurs combats journaliers pour faire gagner la Vie, le respect du plus faible, la vérité, la réconciliation ?  

 

Pour aller plus loin 

Sainte Louise « aimer et souffrir est une même chose » (Pensée sur la Croix – Ecrits spirituels 768), « Vivons comme morte en Jésus Christ… plus de vie que pour Jésus… » (Pensées sur le Baptême – Ecrits spirituels 778) ; « Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains… » (Désir d’imitation de Notre Seigneur en sa mort » – Ecrits spirituels 813).

 

 

 

 

 

 

Notre Dame des douleurs

Au lendemain de la fête de la Croix Glorieuse, le 14 septembre, nous faisons mémoire de la Compassion de Marie. « Celle qui a cru », celle que sainte Louise et saint Vincent appelaient Mère de Miséricorde, espérance des petits. (C. 15 b) se tient debout au pied de la croix par grâce. Elle participe, par amour pour Dieu et pour les hommes, au sacrifice de Jésus pour la gloire de Dieu et le salut du monde. 

« Près de la croix de Jésus se tenait debout sa mère » (Jn 19,25) qu’est-ce à dire ?

La méditation du Père Dehau, op, peut nous aider à nous approcher de ce mystère de Marie au pied de la Croix et à entrer à notre tour dans son attitude.  “La très sainte Vierge nous apparait dans la fête de ce jour comme ayant vis-à-vis de la croix l’attitude qu’il faut avoir… Cette attitude est exprimée par deux mots de l’Evangile de saint Jean : stabat, juxta. Elle était tout près de la croix, et elle se tenait debout. « Il faut les deux » disait-il « il faut se tenir tout près de la croix, et il faut être debout. C’est très difficile d’unir ces deux choses et ce n’est qu’avec Marie et en Marie… on ne le peut que par elle et en elle. Personne ne le peut autrement. La croix est trop terrible…  Rappelons-nous ces deux mots d’aujourd’hui : stabat Mater. Ces deux mots sont unis de la façon la plus intime. Elle était debout parce qu’elle était mère, mère de ce Jésus qui mourait et notre mère à nous. Elle était debout pour être le trait d’union entre ces deux maternités. Sa tête et son cœur étaient si haut, précisément, pour être tout près de son Fils ; et ses pieds touchaient notre terre pour être tout près de nous qui sommes aussi ses enfants. (…) elle est debout parce qu’elle est mère, et cette être-là̀ est nécessairement debout. Alors Jésus peut dire : « Voilà̀ ta mère » et Marie peut dire : « J’attirerai tout à moi comme mère… ».

 

En quoi la compassion de Marie nous concerne-t-elle personnellement, nous engage-t-elle concrètement ?

Ecoutons cette fois le Père Marcovits, op : « Lorsque Jésus lui (à Marie) donne Jean pour fils, il fait d’elle la mère de tous ceux qui naîtront à la vie nouvelle dans sa mort et sa résurrection, il fait d’elle la Mère de l’Église, la mère de tous les vivants. La compassion nous donne, à nous, de vivre, selon la grâce de Dieu et selon le consentement de notre foi, dans le sillage même de Marie, c’est-à-dire d’être aussi ‘‘mère’’ pour les autres, une mère qui ne désire que donner la vie aux autres, vie qui vient de Dieu, vie qui transfigure toute peine, toute maladie et aussi toute joie ! La Compassion implique pour nous de désirer nous donner, de donner ce qui est en nous : la vie de Dieu, source de toute lumière. Être des mères et que tout en nous soit source de fécondité, pour que nos frères et nos sœurs passent de la mort à la vie. Fécondité de Marie, fécondité de l’Église, notre fécondité aussi.

Intercesseurs auprès de Dieu, notre compassion, portée par notre communion aux souffrances des autres, n’a qu’un but : que nous puissions, nous et eux ensemble, avoir part à la résurrection du Seigneur. »

 

Pour aller plus loin 

Sainte Louise « Marie a quelque part contribué à tous les mystères que notre Seigneur a opérés… » (La Vierge Marie Co-rédemptrice – Ecrits spirituels 819-18) ; « la sainte Eglise la (Sainte Vierge) qualifie Mère de Miséricorde… » (De la Vierge Marie – Ecrits spirituels 767-768) ;

St Vincent « mes chères sœurs, estimez-vous leurs mères… » Conf. 7 décembre 1643 (sur l’œuvre des enfants trouvés).

Faisons-nôtre la Prière de saint Vincent pour demander la grâce d’être mères et vierges auprès des enfants trouvés, que nous pouvons actualiser en ces temps modernes « pour tous les blessés de la vie ».

« Remerciez Dieu, mes filles, d’avoir été choisies pour une si parfaite vocation ; priez-le qu’il vous donne toutes les grâce nécessaires pour lui être fidèles. Je l’en supplie de tout mon cœur, et je lui demande pour vous, celle d’imiter la sainte Vierge dans le soin, la vigilance et l’amour qu’elle avait pour son Fils, afin que comme elle, vraies mères et vierges tout ensemble, vous éleviez ces pauvres petits enfants dans la crainte et l’amour de Dieu et qu’ils puissent avec vous le glorifier éternellement. C’est le souhait que je fais de tout mon cœur, mes filles, priant Dieu de vous bénir. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

 

Nous pouvons retrouver cette même exhortation du pape François s’adressant aux supérieures majeures (2013) « soyez des mères comme des figures de Marie Mère et de l’Eglise Mère » (ou encore en mai 2019).

 

 

Sœur Antoinette Marie HANCE, communauté de Châlons-en-Champagne
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