La Boissière-École, petit village de la grande banlieue parisienne, est situé sur la lisière de la forêt de Rambouillet (ex Seine-et-Oise), à 18 kms de cette ville.

L’École d’Enfants de Troupe est fondée par le Commandant Hériot le 4 novembre 1886 à La Boissière, en Seine-et-Oise, où le Commandant possède un château et de vastes propriétés. La présence d’éléments féminins est jugée indispensable en raison du très jeune âge d’une partie des élèves afin de tempérer ce qui est trop rude pour eux dans un milieu exclusivement composé d’hommes et de militaires. Madame Hériot émet le désir d’avoir une Communauté de Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul.

Sœur Cordier, Supérieure, arrive le 28 janvier 1887 avec six Sœurs. Le 10 février 1887, cette maison accueille 158 enfants orphelins de militaires âgés de 6 à 13 ans.

Le 6 mars 1887, un contrat est signé entre la Supérieure générale, Sœur Derieux, et le Général Boulanger, alors Ministre de la Guerre.

 

Des agrandissements et aménagements sont réalisés grâce à la générosité de Mme HÉRIOT-DOUINE, veuve du Commandant. Orphelins, fils de mutilés ou de militaires en activité, tous les enfants jouissent des mêmes avantages que leurs aînés des Ecoles Militaires préparatoires (gratuité de l’entretien et des études, voyages au tarif militaire, hospitalisation). La devise du Commandant, concernant les enfants, est : « Ils seront élevés dans le culte de l’honneur et de la patrie » (écusson de l’École : un casque surmonté d’un poussin).

L’École voit ses élèves passer de 158 lors des premières années, à 350. Ils reçoivent un enseignement primaire. Chaque année l’École obtient de très beaux succès. Les élèves sont présentés aux examens d’admission aux Écoles préparatoires Militaires.

En été, les enfants qui ne peuvent pas être reçus dans leurs familles, sont accompagnés par les Sœurs à Castel Port-Mer, près de Cancale (Ile et Vilaine) dans une villa dont Mme HÉRIOT-DOUINE a fait don à l’État.

L’École a donné de vaillantes générations de soldats au pays. Nombreux, en effet, sont ceux qui comme leurs camarades des grandes Écoles (officiers, sous-officiers, caporaux, soldats) ont donné tout d’eux-mêmes à la Patrie, élevés et instruits qu’ils étaient dans la noble devise du Commandant HÉRIOT.

Le rôle des Sœurs est modeste et effacé mais efficace à la grande satisfaction de tous : chefs militaires, parents, enfants. Elles témoignent de l’affection aux enfants et elles ont une influence religieuse par leur exemple. Des preuves multiples laissent voir que les enfants se souviennent.

Sœur Marie reçoit la Médaille d’or du Mérite civique en 1937 ; puis en 1946, elle reçoit la croix de la Légion d’honneur des mains de M. Michelet, Ministre de la Défense nationale. En 1947, Sœur Poeuf, Supérieure, reçoit la même distinction des mains du général Matter, directeur de l’Infanterie. C’est la Communauté tout entière qui se trouve honorée et récompensée dans un témoignage officiel, de la reconnaissance de nombreux « anciens » de tous âges qui conservent fidèlement le souvenir de telle ou telle sœur, qu’ils ont particulièrement aimée lorsqu’ils étaient à l’école.

En 1958, la communauté est composée de six Sœurs. Lors d’une visite, une sœur écrit « aucune cloche ne peut être sonnée dans cette maison où il faut se soumettre au règlement général … De jeunes soldats (dont des Séminaristes) font leur service militaire comme instructeurs ou moniteurs… Les Sœurs portent un témoignage incomparable sur les enfants, les jeunes soldats ; elles sont appréciées du Commandant, des Chefs de divers grades, de l’Aumônier et des médecins ».

En 1960, le Commandant confie à une Supérieure venue visiter la communauté : « sans les Sœurs l’Ecole ne serait plus ce qu’elle est ! »

Dans une lettre du 31 mars 1958, Sœur Poeuf, Supérieure, écrit : « Notre rôle ici est modeste et effacé. Malgré tout, je le crois efficace auprès des enfants par l’affection qui leur manquerait dans un milieu entièrement militaire et civil, par l’influence religieuse de notre exemple, par les catéchismes qu’il nous est donné de faire, par les soins maternels dont nous tâchons de les entourer. Nous avons de multiples preuves que les enfants se souviennent. »

En octobre 1965, le Ministre des Armées prend la décision de transférer l’École militaire enfantine HERIOT au Ministère de l’Éducation Nationale, mais un protocole fut établi pour le maintien des Sœurs dans l’Établissement. Le 1er septembre 1966, l’École militaire devient une Ecole nationale du 1er degré avec internat.

Quelques témoignages d’anciens :

« J’ai connu Sœur Marie, lors de mon jeune âge, parce que moi aussi, comme beaucoup d’autres, j’ai été choyé par son empressement et sa tendresse et parce qu’elle représentait pour moi le trait d’union qui me reliait encore aux jeunes années pleines d’insouciance » ; « Chacun voyait en elle une maman. Son apparition nous faisait oublier la rude discipline militaire. Et comme elle savait nous consoler dans nos moments de cafard » ;

« Sœur Marie tenait une grande place dans ma vie d’enfant de troupe des premières années ».   

« De Sœur Vincent arrivée en 1927 à la Boissière, il y a, en somme bien peu et beaucoup à dire. Bien peu, car comme la plupart des vies entièrement consacrées à la charité, elles restent secrètes, effacées, sans historie, et d’un seul tenant ; beaucoup, car ce sont généralement des vies exemplaires. Et Sœur Vincent n’a jamais cessé d’être un exemple de constante modestie dans le dévouement quotidien, de tendresse prévenante pour les petits, d’affabilité souriante pour les grands ; et, pour tous, un peu comme une source limpide de simplicité et de permanente jeunesse de cœur et d’esprit ».

Vingt-quatre Filles de la Charité se sont succédé dans cette maison. Sœur POEUF, Supérieure, a 83 ans. La baisse des vocations ne permet pas de la remplacer. La fermeture a lieu le 13 septembre 1967.

En 2005, des « anciens » viennent visiter « leur école » et se rendent à l’église et au cimetière. Ils ont constaté le mauvais état des tombes de leurs jeunes camarades décédés, ainsi que celles des Sœurs. Après concertation, un groupe de cinquante d’entre eux décident de mettre en œuvre une rénovation des sépultures. Une cérémonie est organisée le 12 juin, jour de la kermesse de fin d’année pour les élèves.
Sœur Louise REY, arrivée en 1947 à La Boissière, est présente : musique, lever des couleurs, sonnerie aux morts ; rappel des noms des Sœurs et des jeunes élèves décédés, minute de silence, dépôts de gerbes. Puis, une allocution rappelle le passé de cette maison.

Ce jour-là, certains se souviennent que Sœur Louise les appelait ses « poussins » !

Extrait de discours d’un participant : « C’est avec une grande et réelle émotion que je m’adresse à vous. Nous sommes réunis devant la dernière demeure de celles qui furent pour ceux qui les ont connues, leur « deuxième maman ». C’est dans un esprit de reconnaissance que nous avons participé à la rénovation de leur sépulture. Chacun d’entre nous se souvient des Sœurs, Jean Gabriel, Marie et Joseph qui ont dirigé avec efficacité l’infirmerie. Des Sœurs Catherine, Germaine, Gabrielle, Jeanne et tant d’autres, qui avec dévouement et abnégation ont consolé et soulagé nos peines, nos chagrins et notre solitude. Nous nous réjouissons de la présence de Sœur Louise qui était chargée des tout-petits. Personnellement, je me souviens, c’est vous, Sœur Louise, qui, le 3 novembre 1956, m’avez ouvert vos bras pour atténuer ma peine, lors de mon arrivée à l’école ».

 

Sœur Annie GESRET, Archiviste Provinciale

 

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