Saint Vincent de Paul disait aux Filles de la Charité : « Les pauvres sont nos maîtres ». L’élève qui dort encore en nous nous fait entendre ce mot maître comme celui qui nous dirige, qui nous impose sa façon de faire ou de voir. Après une semaine passée au sein du pèlerinage Franciscain à Lourdes, notre groupe a compris que nos maîtres sont ceux qui nous apprennent quelque chose d’important. Le pauvre, c’est celui qui est dépouillé ; dépouillé de son argent et de son confort matériel mais aussi dépouillé de sa bonne santé, de son autonomie, de la liberté de disposer de son temps, de décider pour lui-même.

 

Ce sont ces pauvres-là que sept jeunes du lycée Vincent de Paul d’Avignon ont rencontrés à Lourdes. La mission qui leur a été confiée était simple : être là, apporter sa bonne humeur et prêter ses bras pour permettre aux personnes ne pouvant plus se déplacer seules d’aller sur les lieux de prière ou faire ses achats. Ils ont rempli leur mission avec autant de générosité que de gaieté. Veiller sur les autres, ces jeunes en formation d’Agent de sécurité en ont déjà l’habitude. Mais ils sont allés plus loin. Ils ont accepté de vivre la rencontre vraie, la relation humaine qui construit celui qui ose s’y aventurer. C’est ce qu’ils ont exprimé dès le premier jour : « C’est drôle, ici, les gens répondent quand on leur dit bonjour et puis ils nous regardent ». Ils se sont mis au diapason de Lourdes, « un autre monde » comme ils disent : la marche, la pluie, puis le soleil un peu cuisant, entrer dans un groupe, vivre l’intergénérationnel, oser parler à une personne handicapée et s’apercevoir que c’est exactement comme avec tout le monde, on sait quoi dire. Accepter un service pour lequel on n’est pas vraiment formé et être surpris de constater que l’on en est complètement capable, faire attention aux autres, découvrir un monde où le religieux a sa place et où le pauvre est roi. Tout sent la nouveauté et chacun accepte la découverte. Mais la plus grande découverte, c’est soi-même. Les cœurs se livrent et se rencontrent par la profondeur qui passe par les mots, les sourires, les mains, les regards, les petits cadeaux. Les jeunes se sont découverts et ce sont nos pauvres qui nous ont tout appris.

 

Une fête a été organisée vers la fin du séjour ; une fête par certains côtés, différente de celles que notre société nous propose. Elle a commencé d’abord par un rassemblement de tous autour d’une table bien remplie de bonbons, gâteaux et boissons. Pèlerins, personnes malades ou âgées, hospitalières et brancardiers, jeunes et vieux, chacun a sa place. Au milieu de tout ce petit monde qui ne trouve parfois pas sa place dans nos logiques de rentabilité ou de prestige, la joie qui régnait nous rappelait où est l’essentiel de notre vie, le bonheur d’être ensemble. Les pauvres sont vraiment nos maîtres.

 

Autre dimension visible à celui qui regarde avec le cœur, la présence de Celui qui est à l’origine de cette charité partagée. Qui d’autre que Dieu peut, avec des personnes aussi différentes, souvent fatiguées, parfois abîmées, inexpérimentées ou frileuses, apporter autant de joie, de chaleur humaine, de profondeur dans les relations ? Cette présence aussi discrète qu’éblouissante, nos jeunes l’ont sentie sans parfois s’en apercevoir. Et ils ont répondu : un cierge, une prière discrète, des questions, l’attention qu’ils ont apportée aux autres ont été autant de signes de leur sensibilité à ce qui nous dépasse. Beaucoup de petits gestes nous laissaient voir Dieu à l’œuvre en eux.

 

Nous remercions frère Christian Brailly et les organisateurs du pèlerinage, les brancardiers et hospitalières, les personnes malades où âgées pour leur accueil aussi chaleureux. Nous remercions également la direction, l’OGEC et l’APEL du lycée de nous avoir permis de vivre une semaine aussi exceptionnelle.

 

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Rachel Castel, adjointe en pastorale