Parmi les pages douloureuses de l’histoire de France, celles qui ont été écrites, particulièrement entre 1791 et 1794, témoignent de la montée de la violence et d’une persécution religieuse, sans limite, contre toutes les personnes qui refusaient d’entrer dans un changement politique qui, progressivement, prenait corps. Les Révolutionnaires s’attaquaient à tous ceux qui représentaient la Monarchie et les privilèges. Les Sœurs, qui n’étaient pas concernées, se sont trouvées, malgré elles, confrontées à un choix difficile : soit renoncer à leur foi et tourner le dos à l’Eglise, soit y rester fidèles et demeurer auprès des malades au péril de leur vie ?

La Révolution française est à l’origine de grands bouleversements politiques, mais aussi religieux. Elle entraîne un affaiblissement de l’Église catholique en France, notamment par la nationalisation des biens du clergé et les tentatives de déchristianisation, surtout pendant la période de la Terreur. Ces mesures révolutionnaires rencontrent néanmoins des résistances.

En 1777, les sœurs Anne-Marie VAILLOT et Odile BAUMGARTEN sont envoyées en mission auprès des malades de l’Hôpital Saint Jean à ANGERS. L’une était économe et l’autre pharmacienne. Dans ce même hôpital, une trentaine de Filles de la Charité étaient également au service des malades. Il nous est difficile d’imaginer ce que devait être leur service en ce temps-là ! Proches, aidantes, elles l’étaient pour soigner, accompagner « corporellement et spirituellement » jusqu’à la mort, donner les remèdes à des malades atteints de toutes sortes de maux, conséquences des conflits et des contagions. La misère et la détresse étaient immenses.

Témoignant de leur attachement indéfectible à l’Eglise catholique et à la foi en Jésus-Christ, les Sœurs Anne-Marie et Odile deviennent la cible des Révolutionnaires. Autour d’elles, progressivement un étau se resserre. Au fur et à mesure que s’affirmait leur opposition, la violence grandissait et le harcèlement mettait leur foi à l’épreuve et leur vie en danger.  Fortes dans leurs convictions, enracinées dans leur foi au Christ, elles s’opposaient avec sérénité et détermination, aux Révolutionnaires qui leur tendaient des pièges pour qu’elles cèdent et adoptent les nouvelles idées de la Révolution. Finalement, comme des prêtres, religieuses et laïcs, elles refusent de prêter le serment. Elles préfèrent rester fidèles à leur baptême. Filles de Monsieur Vincent, elles ne peuvent pas et ne veulent pas abandonner le service du Christ dans pauvres, quoi qu’il arrive.

 

Soutenues par la Mère Générale

Les Sœurs dans leur mission étaient soutenues, à distance, par la Mère Générale. Déjà en 1790, Sœur Deleau leur écrivait : « Nous ne savons pas ce que nous réserve cette année qui commence, mais préparons-nous à accueillir ce qu’il plaira à Dieu de nous envoyer ». Elle encourage les sœurs : « A la patience, joignons une charité plus vraie, plus compatissante, plus attentive aux besoins des pauvres. Cherchons tous les moyens possibles pour soulager leurs misères en ces temps difficiles ». Toutes les sœurs n’ont pas eu la force de résister comme Sœur Anne-Marie et Sœur Odile. Elles se soutenaient l’une, l’autre. Nous pouvons imaginer leurs peurs, leur fatigue, leurs angoisses, mais elles étaient profondément unies et puisaient leurs forces dans la prière.

La Mère Générale, n’ignorait pas les changements qu’on voulait imposer aux sœurs, ni les pressions qui s’exerçaient sur elles. Elle restait proche d’elles par des messages de réconfort et de foi. En 1793, alors qu’elles étaient confinées dans l’Hôpital depuis plus d’un an, immergées dans un monde de maladie et de misère, les Sœurs ne lâchent rien et répètent, l’une après l’autre, au juge qui les interrogeait : « Ma conscience ne me permet pas de prêter le serment ». Dans un accès de rage, le juge leur fait arracher la cocarde. Elles n’ont plus qu’un signe : l’Amour et le don d’elles-mêmes pour le Christ.

 

Fidèles jusqu’au don total

Sr Deleau leur avait encore écrit : « Je vous prie de ne pas abandonner le service des pauvres, si vous n’y êtes forcées… ». Pour pouvoir continuer… « prêtez-vous à tout ce qu’honnêtement on pourra exiger de vous dans les circonstances présentes, pourvu qu’il n’y ait rien contre la religion, l’Eglise et la conscience ». Elle les autorisait à s’adapter, car, selon Saint Vincent, pour une Fille de la Charité, être « au service des plus pauvres et des plus abandonnés » est premier. Dans le calme, elles ont tenu bon. « Qui aurait pu les séparer de l’amour du Christ ? »  (Rm 8/35, 37-39). C’est en Lui qu’elles ont puisé leurs forces.

Leurs derniers jours se sont écoulés dans une prison insalubre, où elles ont partagé les conditions de vie de centaines de femmes et d’enfants, tous confrontés à l’inévitable. Là, elles ont continué à témoigner de l’amour du Christ, essayant de leur apporter un peu de paix et de réconfort.

Le 1er février 1794, en plein hiver, elles ont marché trois kilomètres, avec des centaines de prêtres, religieuses, religieux et laïcs, dans une procession qui s’avançait lentement vers le Champ des Martyrs, pour y être fusillés. Sur ce chemin, Sœur Odile laisse tomber le chapelet qu’elle tenait sous sa robe. Chancelante, elle le ramasse et reçoit encore quelques coups…

C’est une page de l’Histoire de l’Eglise auquel le Pape St Jean Paul II a rendu hommage le 19 février 1984, en béatifiant nos Sœurs martyres d’Angers. « Les Régimes qui persécutent passent », disait-il. Mais le « grain tombé en terre porte du fruit » (Jésus).

 « C’est Ta puissance qui se déploie dans la faiblesse quand Tu donnes à des êtres fragiles de rendre témoignage pour le Christ Seigneur ».  (Préface de leurs fêtes).

En ce 1er février, où nous faisons mémoire de nos sœurs Martyres, Anne-Marie et Odile, ouvrons notre prière aux Martyrs d’aujourd’hui. Pouvons-nous les nommer ?

 

 

Sœur Louise PITTET, communauté des FDLC de Genève Grand Lancy, Cité-Joie
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