Du XVIIème au XIXème, beaucoup d’Hôpitaux font appel aux Filles de la Charité et à d’autres Congrégations hospitalières réputées plus sûres, disponibles et peu coûteuses pour gouverner un « Hôtel-Dieu » ou un « Hôpital Général ». De plus, la Règle et le charisme de la Congrégation des Sœurs de Saint Vincent de Paul, qui font un 4ème vœu « le service des pauvres » forgent un état d’esprit mis « au service des pauvres malades ». Durant cette période, elles étaient présentes dans un grand nombre de Diocèses.

Dans les hôpitaux, hospices et les Bureaux de Bienfaisance, des Filles de la Charité ont eu la mission de préparer les médicaments pour soigner les malades. Elles étaient chargées de confectionner des potions et mélanges guérisseurs ou préventifs dans des « apothicaireries », qui devinrent des « pharmacies » après la Révolution. Si l’office de la Sœur apothicaire est peu décrit dans le contrat entre les administrateurs des hôpitaux et les Supérieurs de la Congrégation, le poste qu’elle occupe est plus important qu’il n’y paraît.

  • Dès 1682, à l’Hôtel-Dieu d’ANGERS (Maine-et-Loire), une des vingt-cinq Filles de la Charité reçue la charge de l’apothicairerie.

Son rôle est « d’entretenir la pharmacie, de faire des huiles, des miels, des onguents, des sirops, des eaux, des emplâtres, des électuaires (1). Elle est chargée de la confection de poudres, de sucre de réglisse, d’infusions, d’onguents et de cataplasmes. Elle fait aussi la distribution des remèdes et la gestion de l’apothicairerie. Les produits sont d’origine végétale (herbes et fleurs) et animale.  Elle contribue ainsi à soulager les pauvres malades en préparant divers remèdes.

  • En parcourant les inventaires des archives de France de ces époques, nous découvrons des lieux où sont mentionnées des apothicaireries ou des pharmacies tenues par des Filles de la Charité :

Alise-Sainte-Reine – Angers – Auch – Bailleul – Beaune – Bayonne Saint Léon – Bazas – Beaumont de Lomagne – Castelnaudary – Chantilly – Châtillon-sur-Chalaronne – Compiègne – Drancy – La Beaume-d ’Hostun – La Gennevray – La Teppe – Le Tréport – Lodève – Lyon Saint Jean – Montpellier Miséricorde – Moutiers Saint Jean – Rouen –  Tournus – Saint-Denis – Saint-Germain-en-Laye – Saint-Macaire – Saint-Malo – Senlis – Thourotte – Ussel.

A Paris, les Communautés : des Invalides – de Notre Dame de Bercy (2), de Notre Dame de la Gare, de St Jean de Montmartre, de St Jacques du Haut Pas, de St Jacques St Christophe, de St Louis en L’Ile.

  • L’œuvre de la Communauté des Sœurs de MONTPELLIER (Hérault) au 1 rue de la Monnaie, à « La Miséricorde » et au « Bureau de Bienfaisance ».

« En 1715, installation d’un dispensaire et d’une « Apothicairerie ». L’ensemble est baptisé « La Miséricorde ». A la pharmacie sont préparés les médicaments distribués aux pauvres de la ville. On leur donne aussi du bouillon tous les matins et on fait les pansements. »

« Les lettres patentes donnée par le Roi en 1771 à Fontainebleau, consacrent l’existence légale de la Miséricorde et fixe son rôle : la visite et le soin des malades à domicile, la distribution de bouillons et de remèdes préparés dans l’apothicairerie de la maison… Le programme à exécuter est défini : bouillon, écoles et apothicairerie ».

A la Révolution, « le départ des Sœurs exciterait le plus grand mécontentement parmi le peuple ». L’Agent national, préposé pour recevoir le serment à la constitution civile du clergé, sentit la perte irréparable qu’allait faire la cité : alors, changeant hardiment la formule, il leur proposa de « promettre à Dieu de continuer à servir les pauvres comme par le passé »

En 1796 « Le Bureau de bienfaisance a ses médecins propres, ses chirurgiens, sa pharmacie dans laquelle sont gratuitement exécutées toutes les ordonnances prescrites par son service médical. Il utilise les services de vingt Sœurs de Saint Vincent de Paul qui visitent les indigents, gèrent la pharmacie et y préparent elles-mêmes tous remèdes… ».

Le développement de l’œuvre nécessite d’agrandir l’Apothicairerie qui se dote de pots de plus en plus raffinés, commandés d’abord à de simples potiers puis par la suite à des Maîtres Faïenciers qui les décorent de plus en plus artistiquement : les pots droits de forme cylindriques, les grandes cruches, les chevrettes, les petits pots, les pots blancs, les petits vases sur piédouche (3).

En 1839 « Les prescriptions de 7 médecins sont exécutées à la pharmacie, où les drogues sont toujours de première qualité et manipulées avec une rare propreté ; on y trouve les préparations les plus coûteuses… on exécute trente-six mille ordonnances. Quatre Sœurs desservent la pharmacie ; elles font aussi tous les jours, de dix à onze heures, les pansements que tout individu peut réclamer, en se présentant dans la salle chirurgicale. »

« Les produits pharmaceutiques sont enfermés dans des bocaux placés sur des étagères ouvertes qui garnissent les murs, en faïence blanche. Le nom des produits sont inscrits en manganèse ou en bleu dans un encadrement de traits, de rubans, de branches en bleu chatironné (4) très souvent de manganèse ».

En 1830, un article leur notifie : « Les sœurs de la charité, préposées aux pharmacies des hospices, ne peuvent débiter ou vendre des médicaments à des individus étrangers à l’hospice ».

  • A l’Hospice de SAINT-MACAIRE (Gironde)

Quelques habitants de la Ville, s’étant adressés aux Sœurs de la Charité de l’hospice, pour avoir des remèdes dont ils avaient besoin, ces remèdes leur furent vendus et le prix versé à la caisse de l’hospice. « Un pharmacien a cité en justice la Supérieure de l’hospice pour fait de vente au poids médicinal : sirop de violettes, sirop de pêche, farine de lin, pastilles et pommade verte ».

La décision du Ministère Publique est : « les Sœurs ont pu être induites en erreur par une circulaire du ministre de l’intérieur qui paraissait les autoriser à vendre certains remèdes connus sous le nom de magistraux (5) ; aucune peine ne saurait être prononcée contre la dame X » (la Supérieure).

Au sein de leur Congrégation, ces femmes ont assuré un service avec une compétence qui se transmettait tout naturellement de l’une à l’autre. Dans des registres et des petits carnets sont consignées les recettes de la Pharmacie auxquelles l’apothicaire nouvelle peut se référer, héritage de plusieurs siècles d’observations. Formées de façon empirique (6), elles acquièrent une solide expérience et une véritable autonomie par rapport au corps médical. Mais elles assumaient cette mission en lien avec les médecins qui faisaient les ordonnances. Les 4/5 des produits achetés sont d’origine végétale (herbes et fleurs).

Dans leur correspondance, Saint Vincent de Paul et Sainte Louise de Marillac, eux-mêmes, indiquent des remèdes à prendre pour se soigner :

  • l’hydropisie : « un demi-verre de jus de cerfeuil, avec autant de vin blanc, bien versé par un linge, pris à jeun, sans manger que deux heures après et boire qu’un demi setier (7) de boisson par repas… » (St Vincent – Coste I,519)
  • la gravelle (8) : «je vous envoie un mémoire concernant la manière de faire l’eau qu’on prend pour remède contre la gravelle, la façon d’en user et ses propriétés » (St Vincent – Coste VI, 601)
  • le rhume : « j’ai pris tous les soirs une espèce de sirop de julep (9) que notre frère Alexandre me donne. Quant à l’état de mon rhume, il est diminué de la moitié de la petite incommodité que j’en avais… » (St Vincent – Coste VI,136)
  • l’ulcère à la jambe : « Si vous le jugez à propos, essayez cette douce pommade, en frottant légèrement et par-dessus un linge mouillé en 2 doubles dans de l’eau tiède… » (Ste Louise à St Vincent – Coste V,465)

Les Filles de la Charité se seraient-elles pas les dignes héritières de leurs Fondateurs ? En envoyant des Sœurs pour soigner les soldats sur les champs de bataille, ils devaient leur donner de bons conseils pour soigner les blessures !

Vincent de Paul et Louise de Marillac ont voulu des « Filles de la Charité » au Service des pauvres partout où il y a des souffrances à soulager, des soins à donner. La Sœur qui, dans sa pharmacie, prépare ce qui va soulager le malade répond au charisme voulu par les Fondateurs.

Service des Archives de la Province Belgique France Suisse des Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul

  1. Electuaires : médicament d’usage interne à consistance de pâte molle, constitué d’un mélange de poudres fines avec du sirop, du miel ou des résines liquides.
  2. La Communauté a pour nom celui de la Paroisse
  3. Piédouche : petit socle servant de piédestal.
  4. Chatironné : en céramique, une ornementation où les couleurs sont entourées d’un trait noir ou violet.
  5. Remèdes magistraux : médicaments composés sur le champ d’après l’ordonnance du médecin
  6. Demi setier : quart de litre de vin.
  7. Empirique : qui ne s’appuie que sur l’expérience, l’observation, non sur une théorie ou le raisonnement.
  8. Gravelle : petits corps granuleux semblables à du sable ou à du gravier.
  9. Sirop de julep : à base d’eau distillée, d’eau de fleur d’oranger, de sirop, de gomme arabique.
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