Relisons ce témoignage[1] rapporté par Sœur Tissot jeune compagne de Sœur Rosalie à propos de son expérience  dans un quartier mal famé.

 

Un sergent de ville rencontré par cette sœur lui dit :

  • Ma sœur, vous n’êtes guère prudente de venir dans ce repaire de toutes sortes de canailles ; nous n’y allons que plusieurs ensemble et cela pour les mettre en prison !

Ce à quoi Sœur Rosalie, à qui Sr Tissot rapporta les propos du policier, répondit :

  • Vous n’avez rien à craindre, ma fille ; ils y sont, eux, pour exercer la justice des hommes, et nous pour exercer la miséricorde du Bon Dieu. Vous leur portez des secours, des consolations, vous les mettez dans le bon chemin : n’est-ce pas qu’on est bienheureux au service de Notre Seigneur ! faites toujours ce que vous pourrez, ma fille. Le Bon Dieu nous charge de défricher, de semer, de cultiver, c’est lui qui arrose et fait fructifier. Vos efforts ne seront pas perdus, la grâce aura son temps …

 

 

 

175 ans plus tard, dans notre quartier de St Merri, voici ce que nous avons vécu :

 

Notre paroisse a organisé un « café rue » : devant le porche de l’église : une table, des boissons chaudes, parfois une légère collation faite de ce que les commerçants voisins partagent spontanément, sandwiches, viennoiseries…A la bonne franquette !

Chaque matin environ 80 personnes font une pause entre l’endroit où ils couchent à la rue et les bains douches municipaux voisins ; ils viennent boire un café, un chocolat, un thé, une soupe… C’est l’occasion de se rencontrer, d’échanger quelques mots, de découvrir des prénoms…

Lorsque, plus tard nous nous rencontrons dans le quartier, le dialogue s’instaure beaucoup plus facilement.

 

Un jour William (35-40 ans) très marqué par la vie à la rue, légèrement handicapé dit : « je voudrais mettre une bougie dans l’église ».

 Devant le tronc des cierges (2€), il annonce :

  • Je n’ai que 50 centimes   !
  • Ça ne fait rien, mets tes 50 centimes !

Emouvant tintement de cette offrande du pauvre tombant dans le tronc… Emouvante prière hésitante de William devant le Saint Sacrement…

 

D’autant que ce jour-là l’Evangile lu à la messe était celui de l’obole de la veuve (Luc 2 1 ; 1-4)

Lui, a pris de son indigence et a mis tout ce qu’il avait pour vivre.

Quelques temps après, William participe à une messe de semaine. Il est à côté de Christian, un bénévole du café. A la fin de la messe, le prêtre entonne le « Je vous salue Marie »

 William pleure.

Il dit alors à Christian : « c’était le chant que me chantait ma Maman quand j’étais petit, avant de m’endormir ».

William nous appelle toujours « tata » et tonton » lorsque nous le servons. Mais ce jour-là il dit à Christian : «  toi, je veux t’appeler « Papa ».

 

 

Oui, « les pauvres nous évangélisent »toujours, au 21ème siècle, comme du temps de Saint Vincent, comme du temps de Sœur Rosalie.

 La Grâce fait son chemin dans les cœurs.

 

Les sœurs de Saint Merri.

 

 

[1] Sœur Rosalie Rendu. Claude Dimat p.194 citation du fond commun Rosalie Rendu

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